L'ÉPOPÉE DE VE2RXW
 
 

PROLOGUE



Le récit que vous allez lire, c'est un résumé de ce qui s'est passé il y a et depuis 30 ans dans la communauté amateur de la grande région métropolitaine.
Le récit de la naissance et de la mise en fonction du répéteur VE2XW, maintenant VE2RMB.
 

Un récit de ce genre est nécessairement incomplet, car essayer de couvrir une période de 25 ans en quelques pages n'est pas chose facile. Alors, je vous demanderais de bien vouloir excuser les oublis et les omissions.
 

Vous voudrez bien aussi excuser le fait que j'ai dû employer la première personne du singulier plus souvent que je l'aurais voulu. Ayant participé à toutes les étapes de cette histoire, il m'étais souvent difficile de faire autrement. De plus, j'aurais tout aussi bien pu utiliser l'histoire de presque n'importe quel répéteur du Québec et ca aurait été sensiblement le même récit, seuls les acteurs étant différents.
 

Je vais essayer de vous raconter cette belle histoire comme si j'avais été un témoin privilégié de cette longue période de plus d'un quart de siècle en tâchant de n'oublier personne, acteurs aussi bien que spectateurs, car n'eut été de la confiance sans limite et du support indéfectible des radio-amateurs de la région métropolitaine tout aussi bien que des autres régions du Québec, rien de tout celà n'aurait été possible. Jamais je ne me suis senti seul pour accomplir tout ce travail.
 

Un bien sincère merci à vous tous, qui en avez été les acteurs principaux. Cette histoire, c'est aussi votre histoire.
 

Jean-Guy Renaud, VE2AIK

Juillet 1992
 
 

NAISSANCE D'UN RÉPÉTEUR
 

Tout commence par une idée, et pour que cette idée se réalise, il suffit d'y croire fermement, de la mettre en route et de persévérer assez longtemps pour qu'elle devienne réalité.
 
 
 

VE2XW est né en juin 1968 après une longue et pénible gestation. Au cours de l'hiver 1967, j'avais décidé, de concert avec Jean Choquette VE2KL, d'installer un répéteur bien à nous.
 

Je vous dit tout de suite que je n'avais aucune idée dans quel bateau je m'embarquais, ni dans quelle aventure j'embarquais mon ami Jean. Ça fait 30 ans déjà.
 

L'idée d'un répéteur, c'était avant tout d'avoir un système bien à nous, les amateurs francophones de la région métropolitaine. Il n'existait pas à cette époque de club pouvant prendre en main un tel projet. Le Cercle des Amateurs Canadiens-Français de TSF et Vidéo, qui avait été un des premiers clubs de radio du Québec, avait rendu l'âme, faute d'animateurs et peut-être aussi, à cause de l'arrivée de la télévision au début des années 50.
 

Les quelques amateurs qui commençaient à opérer sur les répéteurs n'en avaient que deux ou trois à leur disposition:
 

VE2MT, dont l'antenne de réception était située quelque part sur le Mont-Royal, dans la demeure de Corey Thompson VE2IR, alors co-propriétaire de CKVL, L'antenne d'émission était située dans le chalet de cette même montagne. Le récepteur et l'émetteur étaient réunis par une ligne téléphonique.
 

VE2MT, qui était la propriété du MARC (Montréal Amateur Radio Club), et dont Murray Epstein VE2AUU, était le titulaire, avait une particularité: il était jumelé à un lien VHF dont l'indicatif était VE2ZO. Ce lien reliait VE2MT au répéteur VE2TA au Mont Orford.
 

Ce dernier répéteur avait été installé par le frère de Murray Epstein, Seymour. Et devinez comment on ouvrait le lien? On sifflait dans le micro durant quelques secondes, et subito presto, on était en contact avec Orford. La fréquence audio du sifflet n'était pas importante. Quand la conversation était terminée avec Orford, on sifflait de nouveau, et instantanément, on était de retour à Montréal. Le lien était refermé. Ce fut très probablement le premier lien amateur au Canada.
 

C'était VE2MT. Et c'était le répéteur que nous utilisions quand l'élément anglais nous en laissait la chance. Il va de soi que nous étions tolérés parce que plusieurs amateurs francophones étaient membres du MARC. Rappelez-vous, il n'y avait plus de club francophone à Montréal depuis la fin des années 50.
 

Il y avait aussi à cette époque VE2RM de Rigaud, opéré par un groupe de radio amateurs anglophones qui s'étaient formés en compagnie limitée sans but lucratif, sous le nom de VE2RM Inc.

Cette organisation existe toujours d'ailleurs. Ce répéteur était peu fréquenté par les francophones de la région. Et voilà, c'était les installations qui existaient au début des années 60. Aucun de ces répéteurs n'avaient été installés par des amateurs francophones.
 
 
 

Un bon matin, j'étais en conversation sur VE2MT, avec Jean Choquette VE2KL, et Jean Boisvert VE2BLD quand se joint à nous un vieil ami, Ernest VE2ATE. VE2BLD et VE2ATE étaient des habitués de la bande de deux mêtres en direct et ils avaient joint depuis peu le petit noyau des usagers du répéteurs.
 

Ernest n'avait eu que le temps de donner son indicatif quand soudain, une voix qui parlait français avec un fort accent demande la fréquence. Je ne me souviens plus de l'indicatif de la voix en question, mais ce n'est pas important pour la suite de l'histoire.
 

La voix dit à Ernest qu'il en coûtait 5 dollars pour se servir de ce répéteur, qui était la propriété du club MARC, et qu'on commençait à trouver en haut lieu qu'on occupait passablement la fréquence, nous les mémères francophones. Évidement, ça devait bien arriver un jour quand on connaît la volubilité proverbiale des amateurs de langue française.
 

Ce fut le plus court contact que mon ami Ernest VE2ATE, n'a jamais fait sur un répéteur. Et ce contact avait failli lui coûter 5,00$! On s'est repris par la suite. Le reste du voyage vers le bureau se fit dans un très lourd, et très ennuyant silence.
 

Un peu frustré de ce qui venait de se produire, une fois arrivé au bureau, je téléphone à mon ami Jean VE2KL, et lui fait part d'un projet de répéteur à l'usage de l'élément francophone.
 

Je demande à Jean:

-"Sais-tu comment ça marche un répéteur?"

-"Non! Toi?

-" "Moi non plus!"

- "Sais-tu où on peut trouver ça?"

-"Non! Et toi?"

-"Moi non plus!"

-"Laisse-moi penser à tout ça on s'en reparle dans une couple de jours". Clic.
 

Jean opérait sur deux mètres avec un vieux 41V, antiquité qu'avait jadis fabriqué la compagnie Motorola et dont le haut voltage était généré par un vibrateur.
 

Les jeunes amateurs n'ont pas eu la chance de connaître ça ce genre de bidule. Mon radio à moi était un Motorola aussi, mais quelques années plus jeune et son haut voltage était généré par un dynamoteur. Le mot le dit: dynamo et moteur. Ça faisait un tapage d'enfer et de plus ça prenait toutes les ressources de la batterie juste pour le faire démarrer. Environ 90 ampères au départ et par la suite, entre 20 et 30 ampères selon la puissance de sortie RF.
 

Ces appareils portaient des numéros de modèles exotiques: 80D, 41V, 43GGV, 43GGT, DT45, DT23, etc. et ils avaient tous un point en commun: ils étaient énergivores car leurs entrailles abritaient entre 15 et 30 ou 40 lampes de radio.
 

Défense absolue de les oublier allumés le soir sinon, impossible de démarrer l'auto le lendemain.
 

Ils avaient aussi un autre point en commun: la plupart n'opéraient que sur une seule fréquence. Certains en avaient deux et comble de luxe, parfois on en dénichait qui venaient de Bell Canada avec trois fréquences. Le grand luxe! Ceux-là coûtaient au moins 50,00$ car les autres, on pouvait les obtenir à partir de rien jusqu'à 20,00$. Les cristaux coûtaient 4,00$ chacun. Un peu de bricolage et on était sur les ondes pour moins de 60,00$
 

En ces temps-là et depuis toujours d'ailleurs, Payette Radio était le refuge des amateurs pendant l'heure du dîner. On se ramassait en face du comptoir des amateurs vers midi, et bientôt on était une dizaine à placoter avec Adrien Plamondon VE2AN, maintenant décédé ou avec Roland Masse VE2PX.
 

Pour les plus vieux qui ont connu cette époque, il y avait aussi Monsieur Grégoire, un commis général chez Payette qui se joignait à la conversation et qui aimait bien les amateurs. On se sentait vraiment chez soi dans ce magasin un peu vétuste pour ne pas dire antique.
 

Un bon midi, j'y rencontre Yvon Dionne VE2ARS, qui avait été justement le dernier président du club francophone à Montréal. Je lui fais part de mon projet de répéteur. Yvon travaillait pour Hydro-Québec justement au département des télécommunications. Il me dit: "Appelle donc un certain monsieur Gendron au bout de l'île. Je crois qu'il vient de recevoir des appareils qui doivent être vendus sur appel d'offre.
 

Je n'ai pas téléphoné à monsieur Gendron. A la place, je me suis rendu immédiatement au bout de l'ile.
 

J'arrive à l'entrepot où monsieur Gendron me reçoit chaleureusement. Je n'ai su que plus tard pourquoi il était si chaleureux. Il avait comme par hasard, tout un lot de vieux mobiles dont il voulait se débarrasser.
 

Mais il y avait un problème: il fallait les acheter tous d'un seul bloc. Il y avait une dizaine de 80D fabriqués jadis par Motorola, 5 DT-45, très propres, d'apparence du moins, fabriqués aussi jadis par Marconi et 4 carphone 150 fabriqués par RCA en plus de tout un lot de ferrailles dont il ne savait que faire. Moi non plus d'ailleurs.
 

Je fais une offre d'achat en bonne et due forme sur papier officiel de l'Hydro. Mon projet était de démonter ces vieux équipements et d'en fabriquer un répéteur. Quelle innocence!
 

Quelques semaines plus tard je reçois un coup de téléphone de M. Gendron m'annonçant que j'étais devenu l'heureux propriétaire d'un plein camion de vieilles affaires et me priant, avec une certaine insistance, de bien vouloir aller vider la place au plus sacrant.
 

J'avais été le seul à soumissionner sur ce lot dont personne ne voulait et voilà que toute cette belle marchandise se retrouvait dans mon sous-sol. J'avais payé pour le tout la somme formidable de 50,00$! C'est donc vous dire à quel point je ne comptais pas en devenir propriétaire. Mais que faire avec cette montagne de mobiles, têtes de contrôles, bouts d'antennes, contrôles à distances, relais, et j'en passe...
 

Je fais venir mon ami Jean et on examine le tout. Il s'avérait peu pratique de démonter tout ça mais ça pouvait être remis en marche avec un peu de travail, être revendu avec profit et avec ces profits peut-être acheter un vrai répéteur dont on voyait passer les annonces dans les revues amateurs comme QST ou CQ.
 

On s'installe pour faire fonctionner ces antiquités: tout un contrat! Je peux maintenant vous dire que, du moins durant cette période, l'Hydro-Québec ne jetait pas ses choux gras. Ces équipements, qui avaient l'air d'avoir été à la guerre avaient été cannibalisés à un point tel que si on les avait remis en marche en achetant les pièces chez Payette il aurait fallu les vendre le même prix que Motorola les avait vendus lorsqu'ils étaient neufs.
 

Mais avec un peu d'ingéniosité et beaucoup de patience, on en vint quand même à bout. De plus, ça nous avait fait une banque de pièces pour ce qui devait suivre.
 

Lors de ma visite à M. Gendron, je lui avais demandé dans ma candeur naïve s'il lui était arrivé de vendre un répéteur. Il m'avait dit qu'il avait vendu, quelques semaines auparavant, pour la somme de 45,00$, une grosse armoire avec les lampes et des relais à un bonhomme qui possédait un bateau quelque part dans une marina du bout de l'île.
 

Il ne se souvenait pas de son nom mais se souvenait que le gars lui avait dit qu'il avait besoin du cabinet métallique pour le transformer en armoire dans son bateau. Le reste de l'équipement, attaché au bout d'un grand câble, pourrait être utilisé comme ancre.
 

Il se souvenait aussi que le bateau était quelque part dans une marina de Pointe-aux-Trembles. Après une visite à la marina en question, je n'avais pas trouvé mon bonhomme mais j'avais laissé ma carte de visite, au cas où!
 

Quelques jours plus tard je reçois un appel téléphonique d'un type qui me dit qu'il avait acheté une armoire à l'Hydro, que c'était rempli de lampes et que le responsable de la marina lui avait donné ma carte.
 

Il me dit qu'il avait changé d'idée au sujet de l'armoire à bateau, qu'il avait déjà une ancre de bonne qualité, et qu'il se débarrasserait volontiers de la chose qui encombrait son garage.
 

Je téléphone à Jean. Il était absent. Je me mets donc en route pour Pointe-aux-Trembles et merveille des merveilles! je vois pour la première fois de ma vie un vrai répéteur grandeur nature et en liberté... plus que provisoire, dont la hauteur égalait la mienne, et dont le poids était aussi égal au mien. Six pieds de haut et 175 livres!
 

Je demande timidement à ce monsieur, prenant l'air le plus détaché du monde, combien valait ce tas de ferraille.
 

-"45,00$" qu'il me dit.

-"C'est votre meilleur prix?"

-"C'est le prix que je l'ai payé", qu'il me répond, "et en plus, j'ai été obligé de payer pour le faire transporter ici!" "Oui, je comprends!" Je n'ai pas essayé de marchander car Gendron m'avait dit le prix qu'il avait vendu cette ferraile.
 

Et voilà l'armoire transportée dans la valise de la Plymouth. Il y avait un grand bout qui dépassait à l'extérieur de la valise. Et en route pour Saint-Bruno, voyage accompli sans plus de dommages qu'une vitre brisée.
 

Aussitôt rendu je retéléphone à VE2KL pour deux raisons: je ne voulais pas descendre cette armoire tout seul dans ma cave et pour lui annoncer en même temps, que je venais de dénicher un vrai répéteur, de marque Motorola, qui semblait en assez bonne condition.
 

Jean accourt aussitôt aussi heureux que moi de cette découverte.
 

Ce fut le début d'une vie nouvelle pour Jean et moi. Tous les soirs on fouillait dans les entrailles de ce gros cabinet, moi en avant, Jean en arrière, ou vice versa.
 

On avait obtenu des cristaux sur la bande de deux mètres et on essayait de faire fonctionner ce monstre en essayant de tirer parti de la plus petite parcelle de nos connaissances.
 

Ces séances de travail duraient habituellement jusqu'à une heure avancée de la nuit. On s'était d'abord attaqués à l'émetteur et on avait réussi à lui faire sortir environ 25 watts mais l'étage final, une 5894 qui pouvait normalement sortir au moins 60 watts, en avait vu de toutes les couleurs, surtout la couleur rouge.
 

Puis ce fut au tour du récepteur. Un 80-D Motorola avec des petits tuyaux dans l'étage d'entrée RF et qui refusaient obstinément de résonner dans la bande amateur. De plus, un problème majeur dans le circuit de squelch rendait ce récepteur muet comme une carpe.
 

Après quelques jours, je devrais plutot dire quelques nuits de travail acharné et infructueux, on se décide à prendre un récepteur dans le lot précédemment acheté de l'Hydro. On avait pas pensé au voltage de filaments des lampes. Le récepteur du mobile fonctionnait à 12 volts et celui du répéteur sur 6 volts. On était quand même pas pour se laisser arrêter par un pauvre petit 6 volts...
 

On s'installe à la tâche de modifier le circuit des filaments de 12 à 6 volts et on rallume. On pose le cristal et enfin, ça synthonise. Si je me souviens, c'est vers cette époque que j'ai commencé à perdre mes cheveux.
 

Entre temps, une demande de licence avait été transmise à Communications Canada et les cristaux, dont les fréquences avaient été choisies avec soin en consultation avec quelques experts locaux, dont Murray VE2AUU, avaient été commandés. La fréquence d'émission était 147.600 et la fréquence de réception de 146.700. L'espacement de 600 Khz n'avait pas encore été décrété par l'ARRL.
 

Mais, il y a toujours un mais, la fréquence de réception choisie était précisément la même que la fréquence nationale de RTTY sur 2 mètres. Ça on ne le savait pas. Et personne ne nous l'avait dit.
 

Ça devait plus tard nous causer de sérieux ennuis une fois le répéteur installé sur le Mont Saint-Bruno quand un américain du Vermont s'est mis à émettre en RTTY à 146.700.
 

Il entrait dans le répéteur comme une balle et il était retransmit à la sortie. Le problème s'est réglé de lui-même quand on a dû changer les fréquences lors de la standardisation décrétée par l'ARRL.
 

Durant tout ce temps, on avait continué à se servir de VE2MT. Et on en avait profité pour publiciser la nouvelle que bientôt il y aurait un répéteur français à Montréal, plus précisément à Saint- Bruno, mais on sentait un certain scepticisme et même si on avait rendu les fréquences publiques, très peu avaient commandé des cristaux.
 

Mis à part les quelques pionniers du deux mètres qui faisaient du direct avec des beams polarisés horizontalement en modulation d'amplitude, et très peu de puissance, cette bande demeurait à peu près inconnue et sous-utilisée. D'où le peu d'enthousiasme à investir quelques dollars dans l'achat de cristaux sur un répéteur qui n'était même pas en onde.
 

Mais Jean et moi allions de l'avant. Quand on avait fini de fouiller dans les entrailles de l'armoire on réparait des mobiles et on les vendait au prix fabuleux de 50,00$ incluant une paire de cristaux.
 

Les profits générés par la vente de ces équipements nous ont beaucoup aidé à ne pas grever nos budgets familiaux respectifs et à financer l'aventure. Et je n'exagère pas en disant "aventure"!
 

Entre temps, ma réputation de revendeur d'équipement usagé avait fait le tour de la province grâce à nos présences régulières sur VE2TA. Je recevais la visite des amateurs de toutes les régions de la province qui venaient s'approvisionner en vieux mobiles.
 
 
 

C'est justement à cette époque que j'eus l'idée de faire signer un livre de visiteurs aux amateurs qui venaient me rendre visite. J'en suis rendu aujourd'hui à presque 700 signatures dont certaines me rappellent de très beaux souvenirs.
 
 
 

De plus, on me connaissait de plus en plus à l'Hydro comme étant un excellent client. Dès qu'ils recevaient un lot de vieux radios j'étais certain d'en être averti et j'achetais à peu près tout ce qu'ils vendaient en équipement de télécommunication.
 
 
 

Je n'avais pas beaucoup de compétition dans l'achat de ces équipements. Un jour, j'ai même reçu un appel du bureau de l'Hydro à Trois-Rivières me disant qu'ils avaient une centaine de vieux Motorola modèle 43GGV et GGT.
 

Je loue une remorque et part pour Trois-Rivières en prendre possession. Il y avait tellement de vieux mobiles dans mon garage que je ne pouvais plus utiliser celui-ci pour garer mon auto. Ils y étaient empilés pêle-mêle. J'avais aussi fait le tour des compagnies de radio mobiles, comme Motorola et Marconi, afin de ramasser tout ce qu'ils jetaient là aussi.
 

Un jour je reçois un appel de Marconi. Ils avaient 250 DT-23 à donner en deux temps. Dans l'immédiat un premier lot de 125 était disponible mais à une seule condition: ils ne voulaient plus en entendre parler.
 

Je vais donc prendre livraison des 125 radios et les annonce à 2,00$ chacun, tout en avertissant les amateurs de ne pas communiquer avec Marconi pour avoir les diagrammes ou autres pièces.
 

Marconi s'en était débarrassé pour ne plus jamais les revoir. Pour les quelques-uns qui ont connu le DT-23, je n'ai pas à insister sur les raisons pour lesquelles Marconi ne voulait plus rien savoir.
 

Mais, comme toujours, ils ont reçu au moins 50 appels pour les diagrammes. Moi je n'en reçus qu'un seul de Marconi: "T'en aura plus de radios. Ceux qui restent on les a simplement jetés à la poubelle."
 

Voilà une belle source d'équipement pas cher qui venait de se tarir. Le microphone de cet appareil à lui seul valait bien au moins deux dollars.
 

Revenons au répéteur. Un répéteur, c'est pas autre chose qu'un récepteur et un émetteur. Le problème vient du fait qu'ils doivent fonctionner en même temps dans un espacement de fréquences plutôt étroit.
 

Quand un émetteur fonctionne dans le même cabinet qu'un récepteur, que pensez-vous qu'il arrive?
 

On observe le phénomène de désensibilisation. Le mot est long. Le problème est gros. On découvre soudainement qu'il faudrait des cavités, ou un duplexeur, ou un multi-coupleur. C'est quoi ça?
 

Moi j'en avais jamais vu et Jean non plus. J'entends parler sur VE2TA que le curé de Beaupré en fabriquait dans son presbytère. Son indicatif était VE2AVL. Je lui téléphone et il m'explique du mieux qu'il le peut comment c'était fait une cavité. Je n'ai rien compris mais je lui dit de ne pas bouger; j'arrivais à Beaupré dès le lendemain matin.
 

Finalement après un bref exposé et surtout, après avoir vu ce gros tuyau de 4 pouces de diamètre 21 pouces de longueur et dont la tige intérieure pouvait être allongée ou raccourcie, j'ai enfin compris que ma vie venait de prendre une autre orientation. Je devais rapidement changer de métier pour devenir machiniste. Mais on a rien sans peine. Les leçons de Maurice Lebel, curé fabriquant de cavité, avaient porté fruit.
 

Je lançais un appel sur les ondes pour deux anciens fréquence-mètres de l'aviation dont le circuit résonnant couvrait la gamme de fréquences 150-200 Mhz que j'obtins sans peine car personne ne savait quoi faire avec ça.
 

Après modification, je réussis à faire résonner ces deux superbes pièces de métal sur les fréquences de deux mètres. Mais ça n'avait pas été sans mal et de plus, ça n'avait pas complètement enlevé la désensibilisation. Ça l'avait réduite un peu. Le récepteur était tellement aveuglé par le signal de l'émetteur, qu'on arrivait à peine à couvrir 5 milles. Quand on fermait l'émetteur on augmentait la portée du récepteur à plus de 30 milles.
 

La solution c'était d'éloigner le plus possible les deux antennes mais dans le sens vertical. Ça prenait une séparation d'au moins 30 pieds et le poteau qu'on avait obtenu mesurait au total cette longueur. Un antenne à terre l'autre en haut du poteau. Pas très efficace comme solution!
 

Il faut dire ici que l'antenne du récepteur était une Cushcraft J-pole qui nous avait été donnée par VE2PX et Payette Radio et qui mesurait une vingtaine de pieds de longueur. L'antenne de transmission était une Mosley 5/8 de longueur d'onde. Le poteau de 30 pieds nous avait été donné par VE2BVI de Bell Canada et ils avaient même poussé l'amabilité jusqu'à venir le livrer dans mon entrée de garage. On avait réussi à le planter sur mon terrain avec l'aide des voisins, mais il n'était pas assez long.
 

Entre temps, par l'entremise de VE2BBR, j'avais réussi à vendre un de mes mobiles reconvertis à Jean, VE2PL. Il était venu en prendre livraison et je lui avais fait part de mon problème de hauteur. Il retourne à sa boutique à Longueuil et fabrique des ferrures d'acier pour encercler le poteau en bois, ferrures dans lesquelles on glisserait un tuyau de 40 pieds de longueur et de 4 pouces de diamètre et dont il faisait cadeau au petit groupe que nous étions devenus. Dans ces années-là, un tuyau de cette longueur devait bien coûter 300,00$ ou 400,00$.
 

Grimper dans le poteau de bois était devenu un jeu d'enfant, mais rendu à la base du tuyau de 40 pieds qu'est-ce qu'on fait? Il fallait aller attacher l'antenne J-pole de 20 pieds, suivie d'un bout de tuyau de 2 pouces auquel était attachée l'antenne de 5/8 tout en haut.
 

C'est Jacques VE2MT qui résolut le problème. Il grimpa à bras-le-corps jusqu'en haut du tuyau de 4 pouces pour y installer la fameuse antenne. Son surnom de ti-singe date de cette époque. Laissez-moi vous dire que ceux qui voyaient cet échafaudage n'étaient pas pressés de commander leurs cristaux et encore moins de s'acheter un vieux mobile.
 

Ce fameux tuyau devait continuer, une fois installé sur la montagne, à nous causer bien des mauz de tête à chaque fois que nous devions descendre et remonter ce gigantesque mécano de 60 pieds de hauteur. Nous devions faire des tours de passe-passe acrobatiques pour atteindre l'antenne tout en haut.
 

Si bien qu'un jour, Romain Trudel, VE2DTR, nous avait inventé et je dis bien inventé, une espèce d'escalier pour grimper dans le poteau d'aluminium.
 

Il s'agissait de colets qui encerclaient le dit tuyau et qui se barraient en place par le poids de celui qui y posait le pied. On installait le 2e collet un peu plus haut et on posait l'autre pied. On déménageait le collet du bas un peu plus haut et ainsi de suite jusqu'au sommet.
 

Laissez moi vous dire que cet exercice n'était pas de tout repos. Rendu tout en haut du tuyau, on était si fatigué qu'on avait plus la force de travailler.

Nous avons dû abandonner cette invention géniale quand on s'est rendu compte qu'on risquait de se casser la figure à chaque fois qu'on montait dans le tuyau car un jour, un des collets est redescendu tout seul sans attendre son utilisateur et celui-ci est demeuré accroché tout en haut du tuyau, appuyé sur un seul collet, incapable de redescendre.
 

Je ne vous dit pas comment on a récupéré notre homme, mais il n'a plus jamais voulu travailler pour nous par la suite, l'atterrissage ayant été plutôt brutal, sous les applaudissements de la foule en délire qui se bidonnait depuis un certain moment de voir le bonhomme chercher une solution autre qu'un atterissagre forcé.
 

Finalement, à force de régler les problèmes un par un avec l'aide d'une multitude d'amateurs de la région, le signal du répéteur pouvait maintenant être entendu jusqu'à Montréal.
 

Mais l'équipement était toujours dans mon sous-sol et VE2AV qui se servait du répéteur jusqu'à une heure avancée de la nuit ainsi que beaucoup d'autres, faisait claquer les relais, ce qui m'empêchait de dormir.
 

De plus, quand je voulais utiliser VE2TA ce n'était pas possible si VE2XW était en fonction. Mon équipement aussi était sensible à la désensibilisation. J'ai résolu ce problème en déménageant le répéteur dans le garage. Je ne l'entendais plus la nuit mais ça n'enlevait pas l'interférence qu'il me causait quand je me servais de VE2TA. Je n'avais pas beaucoup d'autres choix que d'écouter VE2XW.
 

Je passe sous silence toutes les modifications apportées durant les deux ou trois années suivantes. Changement d'émetteur, de récepteur, de nombreuses lampes, de contrôles.
 

A la fin de la première année d'existence du répéteur, nous étions une quinzaine à l'utiliser. Au printemps 1971, deux ou trois ans plus tard, on était rendu à 70. Les dépenses étaient maintenant défrayées par des cotisations annuelles volontaires qui étaient envoyées à VE2KB, le meilleur comptable qu'une organisation d'amateurs n'ait jamais eue.
 

VE2KB était le père de Jean, VE2KL, mon compagnon de misère du début. Jean avait dû abandonner à cause des nombreux voyages que lui occasionnait son travail à Radio Canada. Mais son soutien et ses connaissances technique m'avaient permis de prendre une expérience précieuse. Tout ce que j'avais appris sur les répéteurs et les équipements de radio communication, c'est lui qui me l'avait appris.
 

Quand Gaston est décédé, c'est Jean-Robert Marion, VE2BYW, qui prit la relève. Lui aussi fut un excellent comptable car tout comme Gaston, il travaillait au ministère du revenu fédéral. Comme ils étaient tous les deux habitués à prendre soin de nos finances personnelles par l'entremise de nos impôts, il va sans dire que les finances de VE2XW étaient entre bonne main.
 

Jean-Robert du abandonner cette fonction quand son employeur l'a transféré à Shawinigan, mais il ne nous a jamais oublié. A chacune de ses visites à Montréal, c'est toujours toujours avec plaisir qu'il vient nous faire la jasette sur le répéteur dont il a tenu les cordons de la bourse durant quelques années.
 

A Jean-Robert, un bien gros merci pour le travail accompli à cette époque.
 

Plusieurs anciens amateurs s'étaient joints à nous entre temps, tels VE2OI Jean-Paul, VE2MB Jos Roy et VE2KC Paul Dubuc, tous maintenant décédés, ainsi que Aurèle VE2DW qui est toujours présent parmi nous et bien d'autres encore dont j'ai oublié le nom.
 

De plus, Bernard VE2ACT, avait de sa propre initiative commencé à annoncer les bonnes et les mauvaises nouvelles sur le répéteur, sous forme de communiqués, nouvelles qui touchaient la communauté amateur. Il le fait toujours d'ailleurs et ce depuis les tout début. Je crois que cette fidélité est unique dans le monde amateur, et j'en profite ici pour remercier Bernard de son implication constante depuis aussi longtemps.
 

Mais je cherchais toujours une montagne. J'en avais une presque dans ma cour mais à cette époque tous les terrains du Mont Saint-Bruno étaient propriété privée. Je m'étais promené jusqu'à la tour de Bell Canada tout en haut, mais les démarches entreprises dans cette direction s'étaient avérées négatives.
 

J'avais même escaladé la montagne tout en haut de Ste-Julie mais ce site, bien que favorable à une excellente couverture, n'était pas pratique pour y installer de l'équipement étant pratiquement inaccessible et surtout, loin de toute source d'électricité.
 

Par un beau samedi après-midi je rencontre par hasard un ancien confrère de Radio-Canada, Julien Saint-Georges, qui demeurait à St Bruno depuis longtemps et lui demande s'il connaissait les propriétaires de la piste de ski. Comme par hasard, Julien était un ami intime de Pierre et Marcel Dulude. Joignant le geste à sa réponse positive il me mit immédiatement en contact avec Marcel, aujourd'hui maire de la ville. Je prends rendez-vous avec lui et il me présente à son frère Pierre qui s'occupait surtout des problèmes mécaniques à la station de ski.
 

Je leur fais part de mon projet de déménager le répéteur mais avant de poursuivre, je pris bien soin de leur expliquer ce qu'était la radio amateur et leur demande si ça serait possible de construire un petit abri le plus haut possible sur leur propriété.
 

Pierre m'amena en haut de la pente où le télésiège finissait et me demanda si ce site était convenable. Dans mes nombreuses promenades sur la montagne j'avais identifié trois emplacements où il serait possible d'installer un abri. Pierre, sans le savoir, m'avait conduit au site numéro un que j'avais choisi. Il me dit tout simplement: "Si ce site fait votre affaire, construisez quand vous voudrez mais pas en bois car les vandales vont y mettre le feu." C'était presque trop beau pour être vrai, et je dus me pincer pour vérifier si je ne rêvais pas.
 

Et ce fut aussi le début d'une longue amitié entre Marcel et Pierre Dulude et les radio-amateurs de la région. Le lendemain, aussitôt libres, on était rendu au sommet de la montagne: VE2BJY Yvon Benoît; VE2ATE Ernest; VE2PL Jean; et moi-même, pour arpenter, piqueter, et défricher l'emplacement. On avait dû abattre un seul arbre et défricher quelques broussailles. Ce fut la première pelletée de terre. On était au printemps 1971 et le répéteur était en onde depuis trois ans.
 

Par la suite les choses se succédèrent rapidement. On a lancé une demande de fonds qui rapporta environ 600.00$ et dont VE2KB assurait un contrôle judicieux. On s'était ouvert un compte de banque et j'avais trouvé un maçon qui ne nous chargerait pas trop cher pour ériger les blocs de béton.
 

J'avais remplacé une des portes de la maison par une porte pliante et la porte enlevée avait été transportée sur la montagne et recouverte d'une plaque d'acier pour être éventuellement installée sur la cabane. Cette précaution s'est avérée des plus utiles avec le temps, car malgré toutes sortes de tentatives d'effractions, la porte a toujours résisté aux efforts des vandales. Seul, le cadenas avait été arraché mais on s'en est toujours tirés avec des vols minimes.
 

Je ne sais pas si certains d'entre vous ont déjà construit en montagne. Pas d'eau. Pas d'électricité. Rien. Rien que des maringouins. On devait tout transporter: sable, eau, béton, clous, outils, et ... j'en passe.
 

Le jour où on a coulé la base de béton, Jean, VE2PL, avait mis un camion à notre disposition. On envoit Roger, VE2BBR chercher le sable, la roche, l'eau dans un réservoir de 200 gallons, et les sacs de béton. On avait auparavant transporté une bétonneuse et une génératrice près du site et Roger était reparti avec le camion à 8 heures le matin pour aller chercher le matériel.
 

A midi il n'était pas encore revenu. Nous devions être au moins 20 à l'attendre, toute une équipe. A deux heures on entend un camion monter la côte et voilà notre Roger tout souriant, comme s'il venait de gagner la 6-49, qui en descend en faisant toutes sortes de pas de danse. L'équipe qui attendait depuis six heures le matin lui tombe dessus: "D'où est-ce que tu sors pour l'amour du...!" Et ici, le texte est remplacé par des points de suspension, censure oblige. Et Roger de répondre: "Ben... ils n'avaient pas de sable à Ville Lemoyne et j'ai dû aller en chercher à Saint-Constant, (ou peut-être à Toronto, on ne le saura jamais!), puis ensuite j'ai été dîner puis..." Tout ça dit en conservant son éternel sourire en coin! Maudit Roger.
 

Ce jour-là, on a tout de même réussi à couler la base de béton de 8 X 10, et installer le baril de 45 gallons dans lequel le poteau serait à son tour coulé.
 

La journée s'était terminée à la noirceur parmi les maringouins et les bibites. Nous étions tous fourbus et courbaturés mais heureux tout de même d'avoir pu contribuer à ce projet qui semblait si bien amorcé.
 

La semaine suivante, on a repris le même camion pour aller chercher un nouveau poteau que VE2BVI nous avait déniché à Châteauguay car il n'était pas question de déplanter le poteau de 35 pieds qu'on avait précédemment planté derrière mon garage. VE2BVI nous en avait déniché un autre de 45 pieds celui-là. On avait pas prévu qu'il faudrait le planter ce magnifique poteau. Ce qui fut fait la semaine suivante, toujours le samedi. On avait défoncé le baril de 45 gallons et on s'était fabriqué des perches avec des deux par quatre et des clous de 6 pouces. On se met en frais de planter le poteau.
 

Nous avions accroché un tire-fort prêté par Jean, VE2PL toujours, à la branche d'un chêne qui poussait à quelques pieds de la cabane en construction. Les premiers efforts ne furant pas trop difficiles mais rendu au milieu de sa course, alors que le poteau était arrivé à un angle de 45 degrés, ça devenait de plus en plus compliqué. Le poteau était de plus en plus lourd quand soudain, la branche auquelle le tire-fort était attaché se casse net. On venait de perdre le seul support sur lequel on pouvait se fier pour nous aider à planter cet énorme poteau.
 

Il était environ 4 heures de l'après-midi et tout le monde avait son voyage. Le poteau demeurait appuyé sur les deux par quatre qui risquaient de se rompre à tout instant. La situation était critique car si les supports se brisent, on risque de recevoir le poteau sur la tête. On en était là dans nos réflexions, nous demandant comment on pourrait bien faire pour faire basculer ce maudit poteau dans le trou de son baril, quand se présentent frais et dispos, le grand boss VE2PL accompagné de son assistant VE2BXZ aujourd'hui VE2EP, Marcel Dupuis. Jean pesait à cette époque tout près de 210 livres et Marcel au moins 225.
 

On était sur le point de tout lâcher avec les risques que ce fameux poteau nous tombe sur la tête. Jean et Marcel se saisissent chacun d'une perche et d'un seul coup d'épaule voilà le poteau à sa place. Ils n'avaient pas travaillé depuis le matin, eux. Et ils étaient en pleine forme, eux.
 

Il ne restait plus qu'à repartir le malaxeur à ciment et à remplir le baril de béton jusqu'à ce que le poteau se tienne debout tout seul. Il devait résister à toutes les intempéries durant une bonne vingtaine d'années et ne fut détruit qu'il y a quelques années lors de la construction du nouveau remonte-pente.
 

Pendant les travaux, le répéteur fonctionnait toujours dans mon garage car nous en avions un grand besoin pour coordonner les opérations, convoquer du personnel car nous ne savions pas à ce moment quand nous pourrions être en opération à partir de la montagne et je tenais à ce que le répéteur demeure en ondes malgré une installation temporaire plus ou moins efficace.
 

Il fallait enlever les antennes pour les installer sur la montagne. Ce qui fut fait un autre samedi matin. Une équipe a enlevé et déménagé le poteau d'aluminium de 40 pieds et la J-pole sur la montagne pendant qu'une autre équipe installait des antennes temporaires pour ne pas interrompre le fonctionnement du répéteur.
 

Ce matin là, l'équipe était composée de VE2AFL, Paul Trépanier et de quelques autres, mais c'est Paul qui avait accepté la tâche de descendre la J-pole du tuyau d'aluminium. Il grimpe tout en haut du poteau de bois, se tenant au tuyau de 4 pouces, pendant que VE2KL défait les fixations.
 

Paul était debout tout en haut de son perchoir quand la J-pole et son support n'étant plus rattachée par ses fixations se met à descendre un peu plus vite qu'on l'avait prévu. Et voilà VE2AFL, debout en haut d'un poteau de 35 pieds, et n'ayant plus rien pour se tenir et surtout plus rien pour redescendre. Il a prouvé ce matin-là hors de tout doute, qu'il avait le sens de l'équilibre et une absence totale de vertige.
 

Le 14 août 1971 le maçon était venu cimenter les blocs de béton, mais ce jour-là nous avions prévu l'installation de toute la quincaillerie des antennes en haut du potreau sur la montagne. Gaston, VE2DFD, était le seul à posséder des éperons et surtout à savoir s'en servir et il s'était porté volontaire pour accomplir ce sale travail. Mais le problème c'était pas Gaston, c'était le maçon juste en-dessous de Gaston. On n'aurait pas voulu lui échapper une clef anglaise ou un morceau d'antenne sur la tête à ce pauvre maçon mais on ne voulait pas non plus faire perdre sa journée à Gaston, VE2DFD.
 

Je ne sais par quel miracle, mais Gaston n'a pas échappé un seul outil de la journée et le soir venu, la pose des blocs de béton était terminée et les antennes aussi.
 

Ce fut une des belles performances de Gaston à qui on doit une fière chandelle mais ce ne fut pas sa dernière. On y reviendra. Gaston avait été aidé dans son travail par Alain VE2ARA et Michel VE2DKT, ainsi que Jacques, VE2BDL qui agissait comme helper au sol, tous trois "jouqués" dans le poteau au-dessus du poseur de blocs.
 

Gaston avait décidé ce jour-là d'accrocher ses... éperons et sa ceinture, mais c'était une promesse d'amateur. Quelques mois plus tard, pendant une des plus grosses vagues de froid que nous ayons eue cette année-là, Gaston reprit du service pour installer la ligne électrique sur les poteaux qui venaient d'être installés.
 

On en reparlera plus loin. Ceux qui connaissent Gaston savent qu'il fait toujours deux finales avant de se retirer. Il faut avoir vécu une journée pareille pour réaliser dans quelle aventure on s'était embarqués tous ensemble. Et comme j'étais le responsable de cette aventure, si les choses tournaient mal, mes amis amateurs m'auraient surement accroché à mon poteau.
 

Le 21 août 1971, ce fut au tour du toît à être complété, grâce au travail de VE2PL qui avait mis à contribution ses talents de menuisier et de couvreur.
 

Le 28 août 1971, on suspendait les travaux pour effectuer un test de couverture. On a déménagé le répéteur sur la montagne et à l'aide d'une génératrice prêtée pour l'occasion par VE2BTZ, Jean-Marc Desranleau, vieux camarade de la première heure lui aussi, on a lâché dans la nature une quinzaine de mobiles. Laissez-moi vous dire que ça n'avait pas été difficile de trouver des volontaires tellement on avait tous hâte de vérifier la nouvelle couverture du répéteur à cet emplacement.
 

Les résultats de ce test dépassèrent nos plus grandes espérances, rendant l'attente encore plus difficile. Nous avions couvert, lors de ces tests, des distances si considérables qu'on en croyait pas nos yeux. L'impatience des utilisateurs locaux n'en fut que plus grande, ce qui eut pour effet d'augmenter les ventes de mobiles et de cristaux également.
 

Parlons un peu de cette génératrice que nous avait prêtée Jean-Marc, VE2BTZ. C'était une antiquité qui avait été obtenue du CNR et qui devait avoir au moins 60 ans. Le moteur, d'une quinzaine de forces, possédait un système d'allumage par magnéto, c'est tout dire. Cet alternateur avait une puissance de 3000 watts.
 

Quelques années plus tard, Jean-Marc en fit cadeau au groupe imposant que nous étions devenu et on dote nos installations d'alimentation d'urgence avec réservoir à essence dans la cabane et trou dans le mur pour le tuyau d'échappement.
 

Mais cette génératrice n'avait pas de démarreur. Qu'à celà ne tienne! Maurice Jacques, VE2BPR, mécanicien au CNR nous offre d'installer un vieux démarreur de Ford dont il ne se sert plus, pendant qu'Émile Giroux, VE2DDU nous bricole un système électronique de démarrage à distance en cas de panne.
 

Il serait trop long d'expliquer ici tous les détails de ces installations mécaniques et électroniques, ainsi que leur fonctionnement. Mais, aux tests, ça avait fonctionné tel que convenu. Et nous attendions avec impatience la première panne de courant qui survint quelques semaines plus tard, bien entendu.
 

Tout fonctionna tel que prévu sauf pour le démarreur, qui, une fois son travail de démarrage accompli se laissait entrainer par la génératrice et continuait de tourner au bout de sa courroie. Après une demi-heure de fonctionnement, l'armature trainait à terre, les coussinets de bronze usés à la corde.
 

Je me procure un autre démarreur et j'installe cette fois une solénoide pour désengager la courroie du démarreur une fois la génératrice en marche.
 

Mais cet attirail compliqué n'a jamais fonctionné à notre satisfaction et finalement, la vieille génératrice prit le bord de la retraite. Cet équipement était si vieux qu'il n'était plus possible de nous procurer des pièces de rechange.
 

La fin de l'été et l'automne se passa à des travaux de finition à l'intérieur comme à l'extérieur de la cabane. VE2KB et VE2ARA avaient passé leurs vacances sur la montagne à peindre les blocs de béton en blanc et à calfeutrer les trous, ce qui donnait une fière allure à notre installation et ne déguisait pas trop le paysage. J'avais complété entre temps l'installation électrique à l'intérieur de la cabane, les prises de courant, les mises à la terre et tout. Tout ce qui manquait à notre bonheur, c'était l'électricité. Mais nous n'avions toujours pas de nouvelles des douze mille douze.
 
 
 

Durant la période du 7 août 1971 au 7 janvier 1972, la couverture utilisable du répéteur se limitait à la Rive-Sud. Et encore!
 

Nous avions fini la construction de la cabane, nous avions aussi installé les antennes dans le poteau; bref, tout était en place mais nous n'avions pas le courant électrique. La source de courant était installée dans un abri où étaient logés les contrôles du remonte-pente au pied de la piste de ski et notre cabane était tout en haut, 2500 pieds plus loin. Pour alimenter notre installation il fallait suivre le tracé de la piste de ski avec notre fil dans des poteaux qui servaient à supporter les lumières de la piste.
 

Et nous n'avions plus d'argent dans la caisse pour acheter le fil. Il nous en manquait environ 1500 pieds. Les Dulude en avaient bien posé quelques centaines de pieds mais comme nous étions les seuls utilisateurs de cette ligne électrique nous ne pouvions décemment leur en demander plus.
 

Il y a une providence pour les radio amateurs. Au début d'octobre 1971, je parlais sur VE2TA avec André, VE2BPF. Il avait un gros problème à régler. Il avait 1500 pieds de fil dont il voulait se débarrasser.
 
 
 

L'organisation de VE2RM Inc. venait de compléter sa nouvelle entrée électrique sur le Mont Rigaud et l'ancienne ligne était à vendre. Je connaissais alors le président de ce groupe, VE2DM, et lui téléphonai aussitôt pour lui faire part de mon intérêt et aussi de l'état de nos finances, insistant sur le fait que nous n'étions pas très fortunés. John me dit qu'il consulterait les membres de l'exécutif de VE2RM Inc. et me donnerait une réponse le lendemain.
 
 
 

Inutile de vous dire que ce fut une longue nuit. Le lendemain, je reçois l'appel tant attendu pour entendre John m'annoncer que l'exécutif de VE2RM avait décidé de donner le fil au groupe de VE2XW et qu'au moment où il me parlait il était à terre dans la forêt de Rigaud ou en train d'être enlevé.
 

Le 17 octobre 1971, expédition à Rigaud avec cette fois, deux camions généreusement prêtés par VE2PL. Nous partions en expédition chercher ce fil électrique tombé littéralement du ciel comme par miracle au moment même ou nous étions nous-mêmes rendus au bout du fil...
 

Comme à l'accoutumée, il y avait Jean, VE2PL; Denis, VE2PN; Yvon, VE2BJY; et peut-être Ernest et quelques autres dont j'ai perdu le souvenir. Et voilà 1500 pieds de fil qui changent de montagne. Il ne restait plus qu'à attacher ce fil en haut des poteaux, ce qui fut fait comme je l'ai mentionné plus haut, dans le courant du mois de décembre 1971, par celui là même qui avait juré d'accrocher ses...éperons, notre camarade Gaston, VE2DFD.
 

Mais, vous demandez-vous, pourquoi avoir attendu l'hiver pour poser le fil alors que nous l'avions en notre possession depuis octobre. C'est simple, les poteaux n'avaient pas encore été plantés, car les Dulude les avaient reçus seulement quelques jours auparavant.
 

Nous étions enfin raccordés aux deux bouts mais le courant n'était pas encore rendu. Les 12012 se faisaient désirer. Je n'arrive pas à me souvenir ce qui avait pu retarder l'installation du courant électrique mais je crois que l'Hydro avait dû poser une nouvelle ligne de haute tension triphasée de 25,000 volts pour alimenter en courant les installations de ski sur ce côté de la montagne.
 

Enfin, le 7 janvier 1972 vers 4 heures de l'après-midi, je reçois appel téléphonique de Pierre Dulude me disant que l'Hydro était en train d'installer les transformateurs et que nous aurions l'électricité avant la fin de la soirée. Pierre avait aussi hâte que nous, les amateurs, de voir fonctionner ce système.
 

J'accours à la station de ski pour enfin constater que le grand jour était vraiment enfin arrivé. Je lance un appel pour un camion et Marcel VE2BXZ (VE2EP) arrive aussitôt. A 7 heures du soir, le répéteur était placé dans son camion pour être transporté dans son nouvel emplacement. Au pied de la montagne, Pierre Dulude nous attendait dans l'autoneige Bombardier. Après un dur voyage vers le haut de la montagne le répéteur était en place mais il refusait obstinément de fonctionner. Les vibrations de l'autoneige, combinées à son âge vénérable avaient eu raison de sa résistance.
 

Je me préparais à redescendre à mon atelier pour aller y chercher des lampes de remplacement, quand Lucien, VE2BXF (VE2AC), descend du remonte-pente. Comme Lucien est un technicien professionnel chevronné, je lui demandai s'il n'avait pas par hasard dans son camion de service les lampes de radio nécessaires à la remise en route du système. A ma grande consternation et celle des autres amateurs présents, il avait ces lampes dans ses poches, ce qui nous permit de remettre le répéteur en fonction rapidement.
 

Un autre fait plutôt cocasse. Lors de l'installation électrique à l'intérieur de la cabane, j'avais prévu deux lumières au plafond. De cette facon, j'étais certain qu'il y en aurait toujours au moins une pour nous éclairer, advenant qu'il y en ait une qui brule. Vous avez bien deviné. Le soir de la mise en onde, les deux lumières avaient rendu l'âme. Et c'est dans la noirceur la plus totale, qu'on avait du réparer l'équipement.
 

Durant ce temps, le remonte-pente ne cessait de laisser descendre des amateurs qui étaient venus par ce beau soir d'hiver, assister à la mise en ondes de VE2XW, maintenant localisé sur la montagne de Saint-Bruno.
 

Étaient présents: VE2LA, Tony Guimond, maintenant décédé et Larry Walker, VE2WH. VE2PL, mon ami Jean Lord, qui avait été de toutes les misères durant l'aventure et qui avait participé à tous les travaux, pratiquement et financièrement, VE2BXZ, VE2AC, VE2ARA, VE2PN et certainement beaucoup d'autres dont j'ai malheureusement oublié les noms. Denis, VE2PN, avait apporté un ruban rouge et une paire de sciseaux, probablement empruntés au tool kit de son épouse, et Alain, VE2ARA, avait caché dans sa poche une bouteille de champagne et des verres de plastique.
 

Denis et Alain ont tenu le ruban en travers de la porte de la cabane devenue de plus en plus exiguë à cause de la présence des nombreux amateurs et skieurs qui ne cessaient d'affluer. Denis me tendit les sciseaux et j'eus le grand plaisir de couper le fameux ruban qui laissait présager de nouveaux horizons aux amateurs de la région métropolitaine. Puis Alain, VE2ARA, sortit ses verres de plastique et déboucha sa fameuse bouteille de champagne.
 

Tous ensemble, nous avons porté un toast à la grande fraternité des radio amateurs qui avait permis de réaliser un exploit que nous n'aurions pas cru possible quelques années plus tôt. L'installation d'un répéteur amateur sur le Mont St-Bruno.
 
 
 

Ce soir-là, le chalet de la station de ski fut le témoin muet de la joie et de l'ambiance de fête qui régnait à l'occasion de la mise en service du seul répéteur francophone de la région de Montréal, à partir d'une élévation qui donnait à ses utilisateurs un rayonnement amélioré. C'était aussi une fête pour les amateurs de la région métropolitaine qui avaient unis leurs efforts et leurs finances tout en oubliant leurs rivalités, pour réaliser en commun ce projet de grande envergure. Preuve que, quand tous les gars poussent dans la même direction, les rêves les plus insensés peuvent parfois devenir réalité.
 

On se souvient qu'au printemps 1971, quelque 70 amateurs se servaient régulièrement des facilités de VE2XW. Nous étions sollicités pour couvrir des événements comme la course cycliste Québec-Montéal organisée par un restaurateur italien du nord de Montréal.
 

La parade du père Noël organisée par la chambre de commerce de Saint-Bruno était devenue un événement annuel auquel nous nous faisions un devoir de participer, les jeux d'hiver du Québec à la station de ski et j'en passe. Nous nous étions formé une sorte d'organisation sans structure que l'on avait appelé le Groupe XW, nous avions même notre propre banière, que nous déployions quand des événements survenaient auxquels nous pouvions contribuer.
 

On n'avait qu'à confier la tâche à Gilles Tapp, VE2BTF, et aussitôt celui-ci réunissait une équipe avec portatifs et le reste, et notre travail était toujours très apprécié. Cette équipe comprenait Emile Giroux VE2DDU et son fils Pierre VE2BGT, ainsi que Jean-Guy, VE2DHA. Jean Rouleau VE2FFT, Roch Gauthier VE2DU maintenant établi à Chicoutimi, celui là même qui a eu l'idée des plaques d'identification qu'on porte maintenant fièrement lors des assemblées du club, et combien d'autres. Evidemment, VE2PL était presque toujours de toutes les sorties.
 

C'est aussi vers cette époque que mon bon ami Adrien Saint-Martin, VE2BLN, eut l'idée de fonder un club de radio qui aurait comme noyau fondateur le groupe XW. L'idée avait germé dans la tête d'Adrien à la suite des cours qu'il avait commencé à donner au Collège Marie-Victorin en septembre 1971. Nous en avions discuté quelques fois autour de ma table de cuisine avec Adrien, Robert Carbonneau, VE2AVG et Bernard Dupont, VE2BTW, mais rien de concret n'était sorti de ces discussions sauf peut-être la volonté de faire renaître éventuellement un nouveau club de radio à Montréal.
 

En 1973, était né le club VE2CMV. Ce club était exclusivement réservé aux étudiants du collège et n'admettait personne de l'extérieur. Le 11 mai de cette même année, avait lieu l'inauguration de la station radio-amateur du CEGEP.
 

Les deux premières années de ce cours n'avaient pas apporté les résultats escomptés mais l'année 1973 avait été couronnée de succès. Plusieurs nouveaux amateurs avaient passé avec succès leurs examens et avaient obtenu leur licence. En tout, environ une vingtaine de nouveaux radio-amateurs dont VE2DVC, Jean Larose; VE2AXK, Fernand Gendron; VEDPA, André Boisvert; VE2DTT, Guy Gingras; VE2BKM, Gérald Gravel; VE2BBU, Jean-Marie Chartier; VE2DTD, André Demers; VE2BTW, Bernard Dupont (celui-là même qui nous avait ouvert les portes du local où l'UMS fut installée durant de nombreuses années; VE2BYE, Guy Allaire; VE2BAC, Jean-Pierre Casavant; VE2AIT, Gabriel Laperrière; VE2AUD, Prosper Levaguerez; VE2DRR, Pierre Montpetit; VE2BEU, Jean Taillon (fils de VE2DW); VE2DPD, aujourd'hui VE2ZO, et premier président de l'UMS, Jean Talon; VE2DTR, Romain Trudel; VE2DVD, Lionel Lamoureux; VE2DVT, Serge Primi; et peut-être quelques autres que je n'ai pu retracer.
 

L'histoire de l'UMS débute en 1974. Les cours de 1973 avaient été un succès et le groupe XW était de plus en plus important. Le projet de VE2BLN avait mûri et Adrien et quelques autres amateurs décident de convoquer une assemblée au collège Marie-Victorin dans le but de discuter de la fondation d'un club.
 

Adrien annonce la tenue de l'assemblée sur le répéteur et le 31 mai 1974, une bonne cinquantaine d'amateurs étaient présents au collège pour entendre l'exposé d'Adrien et jeter les bases de ce qui devait devenir un des plus gros clubs de radio francophone au Canada. VE2DVC avait proposé l'ouverture de VE2CMV aux amateurs de l'extérieur pour y admettre toutes personnes intéressées à la radio.
 

L'idée avait été acceptée par les amateurs présents et aussi par les autorités du collège et un nom avait été décidé: Union Métropolitaine des Sans-Filistes de Montréal. Devant la difficulté de procéder séance tenante à la formation du bureau de direction, il fut proposé d'une façon spontanée que les personnes présidant la présente assemblée forment un comité provisoire jusqu'aux élections prévues pour septembre ou octobre suivant. Gaby, VE2AIT, acceptait le poste de président provisoire, tandis que Jean-Marie Beaujean, VE2HM et Adrien VE2BLN, acceptaient respectivement les rôles de vice-président et de secrétaire.
 

Lors de cette assemblée, la cotisation fut fixée à 2,00$, la carte de membre étant valable de septembre à septembre. Le comité proposa une constitution qui fut acceptée rapidement et en septembre 1974, VE2ZO, Jean Talon, était nommé premier président de l'UMS pour un terme de deux ans.
 

Revenons au répéteur. Le groupe d'amateurs ne cessant d'augmenter, nous avions pu nous payer toujours grâce aux contributions volontaires, un duplexeur de marque Phelph-Dodge qui nous avait coûté la jolie somme de 1200,00$ et une antenne neuve commerciale de marque Antenna Specialist qui avait remplacé la première J-pole donnée par Payette.
 

Lors d'une fameuse tempête de verglas au printemps 1986, nous avions perdu au complet la ligne électrique qui nous alimentait. De grosses branches chargées de verglas étaient tombées sur la ligne, entraînant par le fait même la moitié des poteaux qui la soutenaient. Nous avions dû la remplacer par du fil neuf qui avait coûté au-delà de mille dollars et j'avais même engagé un monteur de l'Hydro-Québec pour la remplacer dans les poteaux neufs que les Dulude avaient été obligés de replanter.
 

En 1984, l'UMS avait atteint sa vitesse de croisière et comptait de plus en plus de membres mais le club ne possédait pas de répéteur à ce moment, même si VE2XW en était le répéteur officiel. Lors du party du 10e anniversaire de l'UMS et avec l'assentiment de Jean, VE2PL, qui n'avait jamais cessé de m'appuyer durant toutes ces années, je décidai de donner VE2XW à l'UMS à la condition qu'ils en assument l'entretien et la continuité. Entre temps, l'indicatif avait été changé pour VE2RMB (répéteur Mont Bruno) quand le ministère avait décidé de réserver les indicatifs commençant par la lettre R aux répéteurs.
 

Pascal, VE2HAD, était le président du club à cette époque. Après tout, cet équipement avait été payé par les contributions volontaires des amateurs usagers depuis les tout débuts, et il n'était que normal qu'ils en deviennent collectivement les propriétaires.
 

Durant les années 1975-1980, j'avais installé un répéteur sur le Mont Tremblant. C'était un répéteur de marque Dycom, echo II et les amateurs locaux avaient aussi contribué généreusement à cette réalisation car plusieurs y voyaient un lien efficace entre Mont Laurier et la métropole. C'était bien avant le réseau RTQ.
 

Mais après quelques années de voyages et de problèmes de toutes sortes surtout causés par la glace qui tombait des antennes de télévision installées dans la tour, je décidai de fermer Mont Tremblant et de rapatrier le répéteur Dycom à l'usage de VE2RMB. Je transférai la licence VE2RMT au Club Laval-Laurentides et leur laissai les antennes brisées et le cabinet qui abritait l'équipement.
 

Depuis le premier répéteur à lampes du début, nous avions opéré ensuite avec un répéteur Johnson 527 de 20 watts qui nous avait été donné par la compagnie Radio-Tel, un répéteur Marconi série 50 fabriqué par Neil Goldberg, VE2BOA qui nous avait coûté quelques centaines de dollars et dont le contrôle avec la petite cloche avait été fabriqué au collège de Sainte-Thérèse par les élèves en électronique de Jean Campagna, VE2AKU, puis enfin, par le répéteur Dycom du Mont Tremblant recristallisé sur la fréquence de 146.700. C'est ce répéteur qui fut donné à l'UMS quand nous avons déménagé à Rougemont.
 

Pour les amateurs de statistiques, ce répéteur avait une puissance de 30 watts, et il était alimenté par un bloc d'alimentation Motorola. Le transmetteur et le récepteur étaient montés côte à côte sur un châssis, les contrôles et l'identificateur étant en dessous. Ce châssis est lui même monté sur un panneau de 19 pouces par 10 de hauteur. Le tout est raccordé au duplexeur de 6 cavités mentionné plus haut, puis raccordé par du fil coaxial de un demi pouce de diamètre sur une longueur de 250 pieds à une antenne omnidirectionnelle en fibre de verre avec gain de 6 DB, localisée dans la tour à une hauteur de 225 pieds environ.
 

Il y a quelques années, les nouveaux propriétaires du centre de ski m'avertissaient qu'il nous faudrait déménager la cabane qui abritait l'équipement sur le Mont Saint-Bruno de quelque centaine de pieds. Mais cette cabane construite en blocs de béton n'était pas transportable et il n'était pas question d'en reconstruire une nouvelle. Comme le répéteur était devenu la propriété de l'UMS, je téléphonai au président de l'époque pour lui faire part de ce problème. La réponse que j'ai reçue ne faisait pas partie des conditions que j'avais demandé lors du transfert. On m'a demandé de fermer le répéteur et de l'apporter au local du club.
 

Il n'était pas question dans mon esprit de fermer ce répéteur. Je me mis donc à la recherche d'un nouvel emplacement.
 

Il fallait trouver une solution mais pas n'importe laquelle. Je souhaitais que le répéteur demeure sur la Rive-Sud et qu'il ait une couverture au moins équivalente à celle du Mont Saint-Bruno. Le site de l'Hôpital Pierre Boucher me fut offert par Paul Dufault VE2UF, l'actuel directeur général de cet hôpital et j'étais sur le point d'accepter son offre lorsque la providence qui avait toujours veillé sur ce répéteur depuis le tout début s'est de nouveau manifestée en la personne de Michel, VE2KYP, qui était le propriétaire d'une bonne partie de la montagne de Rougemont, et où il possédait déjà toutes les installations nécessaires au fonctionnement d'un répéteur.
 

Je suis allé rencontrer Michel et lui demandai s'il lui serait possible de me faire une toute petite place dans la cabane qui abritait déjà ses installations commerciales, tout en lui faisant savoir que nous n'avions pas les moyens de payer le loyer que ces sites commerciaux commandent. Je dois dire que je connaissais Michel depuis nombre d'années, étant impliqués tous les deux dans le même domaine des communications commerciales, mais je savais aussi ce que valent les loyers dans ces sites commerciaux et je savais aussi l'importance de sa réponse pour l'avenir de cette institution qu'était devenue ce répéteur dans la région de Montréal.
 

Michel a accepté sans la moindre hésitation ma demande et a même mis à ma disposition tous les services de son entreprise, y compris ses techniciens, ses véhicules pour transporter l'équipement à destination et tout son équipement de mesurage pour réparer le répéteur qui avait commencé à souffrir de graves problèmes de comportement.
 

Bien des choses ont été dites au sujet de VE2RMB. On a dit que j'avais volé le répéteur à l'UMS, que j'en faisais un usage frauduleux, que je m'en servais pour me faire péter les bretelles. Et quoi encore! La vérité est encore plus simple que tous ces commérages. La vérité, c'est que l'UMS n'avait pas accepté que le répéteur soit remis en service sur la montagne de Rougemont et n'avait pas non plus les techniciens requis pour en assurer le bon fonctionnement. De plus, Michel, VE2KYP, le propriétaire du site de Rougemont ne voulait pour aucune considération avoir à traiter avec plusieurs personnes.
 

Suite à tous ces problèmes, j'avais décidé de rapporter à l'UMS le répéteur que je leur avait donné, j'en construisis un autre sous un nouvel indicatif VE2RXW, et c'est ainsi que le répéteur a de nouveau pris de l'altitude.
 

Je n'adresse de blâme à personne. Je n'ai jamais connu la raison des décisions du conseil d'administration du temps qui voulaient fermer le répéteur sans se donner la peine de trouver une solution. Le club venait d'acheter à gros prix un équipement qui venait d'être mis en marche, et n'avait peut-être pas les moyens financiers d'entretenir un autre répéteur à Rougemont. Je n'en sais rien. Mais j'ai décidé de faire cette mise au point à l'intention de ceux qui se sont appliqué à propager toutes sortes de rumeurs malveillantes sans même connaître le fond des choses. Quoi qu'il en soit, si je n'avais pas pris la responsabilité de Rougemont, il n'y aurait pas un seul équipement radio amateur à cet endroit. Telle est la vérité, telle est l'histoire.
 

Je pensais bien que j'en avais fini avec les problèmes mais j'avais oublié dame nature. L'hiver de 1991 devait nous faire tomber sur la tête une autre tempête de verglas qui devait avoir raison de la tour de 200 pieds sur la montagne à Rougemont qui s'écroula sous le poids de la glace.
 

C'était une scène de désolation qui m'attendait le lendemain matin lorsque je montai sur la montagne constater l'ampleur des dégâts. Nous devions marcher dans de la glace concassée d'une épaisseur d'un pied dans un enchevêtrement indescriptible de haubans et de morceaux d'antennes tordues et brisées, et enroulées dans des bouts de câbles coaxiaux de tous diamètres.
 

Michel et ses hommes avaient dû installer un câble pour escalader la dernière section de la montagne tellement il y avait de la glace partout. C'était un spectacle apocalyptique. Je cherchais l'antenne neuve que nous venions à peine d'acheter pour la somme de quelque mille dollars incluant les ferrures et le câble.
 

Toutes les ferrures étaient tordues, le coax était devenu inutilisable et l'antenne en fibre de verre était tordue à environ 18 pouces du bout. Je redressai le bout plié et attachai l'antenne avec des cordes au garde-fou du balcon qui entoure la cabane à la hauteur du deuxième étage, une perte d'élévation de 200 pieds.
 

Après avoir remplacé le câble coaxial par du bon vieux RG-8, j'installais un mesureur d'ondes stationnaires dans la ligne et, à ma grande surprise, le taux d'ondes stationnaires était à zéro. Électriquement l'antenne n'avait pas été endommagée. J'effectuai une réparation temporaire à l'aide de ruban adhésif en attendant de la réparer de façon plus permanente avec un kit de fibre de verre servant à la réparation des bateaux.
 

Et c'est de cette façon que nous avons dû opérer entre les mois de mars et de juin 1991, perdus au milieu des téléavertisseurs et des autres systèmes qui fonctionnaient tous de la même manière sur des antennes temporaires et dont les interférences d'intermodulation qui s'additionnaient les unes aux autres en ont fait rager plus d'un.
 

Nous avons fait une autre collecte pour amasser la somme de 1200.00$ mais cette fois, par un un radiothon tenu sur les ondes même de VE2RMB, sous l'habile direction de Victor, VE2GDZ lors d'un de ses fameux réseaux du vendredi soir, afin de remplacer les ferrures et acheter du nouveau câble coaxial de un demi pouce de diamètre. Ce radiothon restera dans les anales de la radio-amateur comme un évènement marquant de la solidarité du monde amateur. Ce fut le premier radiothon de l'histoire de la radio amateur. Il y en eut quelques autres par la suite.
 

Au milieu de juin 1991, une nouvelle tour de 240 pieds celle-là, était installée sur la montagne par Michel et notre antenne reprit sa place à 180 pieds dans la tour. Un grand merci à VE2KYP de nous avoir donné une place de choix dans sa tour et merci aussi à son personnel. Lors des visites à Rougemont après ce désastre, j'avais été aidé par VE2VZ, VE2AFL, et VE2OFL, VE2BGJ, et peut-être d'autres que j'oublie pour le moment, ainsi que VE2HR, titulaire de VE2CSC, aussi installé à Rougemont et qui avait aussi vu ses antennes emportées par la chute de la tour.
 

Durant deux ans, ce fut le bonheur total. A part quelques mises au point occasionnelles, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais ce bonheur ne devait pas durer.
 

Au début du mois d'avril 1993, une autre tempête de verglas devait encore une fois avoir raison de la tour à Rougemont. Les communications cessèrent brusquement dans la nuit du 1er et 2 avril et c'est vers l'heure du midi, le 2 avril, qu'accompagné par Gilles, VA2GM et de son jeep, on se mettait en route pour voir se qui se passait tout là haut.
 

En arrivant au pied de la montagne, nous avons croisé un camion qui en redescendait. Ce camion appartenait à une compagnie d'installation de tours. C'était mauvais signe. Le conducteur du camion nous apprit que la tour était de nouveau tombée. Il nous dit aussi qu'il y avait huit pouces de glace sur la tour et qu'il semble bien qu'elle s'était effondrée sur elle même.
 

Comme l'accès à la montagne était impossible, Gille et moi durent rebrousser chemin, tout en annoncant chemin faisant la désolante nouvelle.
 

Ce ne fut que le mardi suivant que je pus retourner sur la montagne pour constater l'ampleur des dégats. J'étais accompagné par André, VE2WNF, qui prit de nombreuses photos.
 

L'antenne de VE2RXW ainsi que l'antenne de VE2CSC ne semblaient pas avoir subis, du moins en apparence, trop de dommage. Aidé par André, nous réinstallons l'antenne sur le coin du balcon, encore attaché comme la première fois avec de la corde, et le répéteur fut remis en fonction ainsi que VE2CSC. C'est là que les problèmes ont commencé.
 

Les systèmes de téléavertisseurs nous causaient des interférences et l'antenne de VE2CSC, installée trop près de celle de VE2RXW nous donnait la joie de pouvoir jouir en même temps des émissions numériques et des émissions vocales. Tout ça pour le même prix. Et pour compléter la trilogie des problèmes, le nouveau répéteur que nous venions à peine d'installer se mit à faire entendre de longs gémissements.
 

Durant les mois d'avril, mai et juin, je fis à Rougemont d'innombrable voyages, parfois seul, parfois accompagné de confrères amateurs qui se portaient volontaires pour me donner un coup de main. Je dois rendre ici un hommage particulier à Mario Bilodeau, VE2EKL, qui fit avec moi les voyages les plus pénibles dans la neige et la boue.
 

Par la suite, André, VE2WNF, Jacques, VE2TAE, Jean-Claude, VE2OUF, Alain, VE2AZF m'accompagnaient parfois dans ces innoubliables excursions sur le mont Sinaï. Même Réal, VE2LRF, quii n'a pas inventé la marche en montagne m'avait accompagné par un beau dimanche après midi, pour essayer de trouver la cause des craquements qui bloquaient les signaux le moindrement faibles.
 

Une de ces sources de craquement était une cloture de broche barbelée qui avait été installée tout alentour de la cabane. A la moindre brise, la broche frottait contre la cloture métallique et faisait un bruit d'enfer. J'ai du attacher un à un à l'aide de petits bouts de fil de cuivre, chaque tour de fils barbelés tout autour de la cabane. Mais le problème fut réglé.
 

Les deux autres sources de craquement furent localisées à l'antenne, puis ensuite à l'exitateur de l'émetteur. Une antenne commerciale de 4 dipoles repliées me fut prêtée par la compagnie Comprod à titre d'essai, et fut transportée sur la montagne par Jacques, VE2JJC. Les résultats positifs commençaient à se faire sentir. Les craquements avaient disparus et le signal devenait de jour en jour des plus acceptable.
 

Le 19 juin 1993, un autre radiothon fut tenu sur le répéteur. Malgré la saison des vacances, la somme presqu'incroyable de 4500.00 dollars fut amassée en l'espace de 4 heures. Quelques 180 amateurs avaient participé à ce radiothon. Cette démontration de solidarité et de confiance de la fraternité amateur, dans un rayon de 100 milles de Montréal est quelque chose d'unique dans les annales de ce passe temps.
 

Devant l'immense succès de cette levée de fonds, il fut décidé d'acheter une antenne comme celle qui nous avait été prêtée et qui avait donné d'excellents résultats malgré le fait qu'elle était installée à la base de la tour.
 

Cette nouvelle antenne fut installée le soir du 21 juillet 1993 par Richard Malo, le technicien de la compagnie de Marieville, assisté de Jacques, VE2TAE et moi même. Il faisait une température exécrable. Vents violents, accompagnées d'orages. Malgré tout et grâce au courage de Richard Malo, l'antenne fut installée à 180 pieds dans la tour.
 
 
 
 
 

J'espère cette fois qu'elle résistera longtemps aux sautes d'humeur de dame nature et qu'elle continuera, comme elle le fait depuis 25 ans, à propager la voix de ce répéteur au service des amateurs de radio de la grande région métropolitaine.
 

C'est encore une fois Jacques, VE2JJV, qui fut désigné volontaire pour aller chercher la nouvelle antenne à Boucherville et rapporter celle qu'on nous avait prêtée.
 

J'espérais bien en avoir enfin fini de remonter cette tour mais le ciel en avait décidé autrement. Le 6 janvier 1998, une tempête de verglas sans précédent s'abattait sur la montérégie, détruisant les installations électriques et plongeant un immense territoire dans le noir le plus complet.
 

En l'espace de quelques heures, les radio amateurs, fidèles à leur réputation prirent en main les communications d'urgence dans les hopitaux, les centres d'hébergement et partout où leurs services étaient jugés nécessaires. Il va sans dire que les différents répéteurs de la région étaient tous passablement occupés.
 

Les 10 ou 11 hopitaux de la montérégie étaient reliés entre eux par un système de communication d'urgence en UHF qui avait été établi il y a quelques années, et dont le point de controle central était l'hopital Pierre-Boucher de Longueuil mais il fut bien vite évident que ce système serait vite surchargé.
 

Une partie du traffic de ce réseau fut donc transféré sur le répéteur VE2RXW qui fonctionnait sur alimentation d'urgence sur la montagne de Rougemont, alimenté en carburant par des hélicoptères de l'armée.
 

Ce réseau a fonctionné jusqu'au samedi après midi, le 10 janvier, vers deux ou trois heures, alors que la fréquence devint muette. La tour, qu'on venait d'installer quelques années plus tôt, venait de s'écrouler une fois de plus sous le poids de la glace.
 

Les équipes de techniciens de Marieville essayèrent en vain de se rendre au sommet de la montagne, qui n'était plus accessible que par hélicoptère. Dimanche et lundi, le 11 et 12 janvier, un chemin dut être ouvert avec des scies mécaniques jusqu'en haut de la montagne. Les arbres étaient tombés dans le chemin conduisant au sommet,et les bouleaux qui avaient pliés sous le poids du verglas formaient comme une voute au dessus de celui-ci. La route était devenue totalement impraticable.
 

Quand il fut possible de se rendre à la tour, il fallut tout d'abord remettre en fonction les différents services commerciaux. Des supports temporaires furent installés tout autour de la cabane abritant les équipements et de nouvelles antennes furent installées. L'antenne de VE2RAW fut requisitionnée pour les systèmes de télé-chasseurs. Pour ce qui est de VE2RXW, son antenne était totalement détruite et donc inutilisable.
 

Je fus autorisé à accompagner les techniciens sur la montagne le mercredi 14 janvier afin d'installer une nouvelle antenne temporaire. Cette antenne m'avait été prêtée par l'UMS, que deux courageux amateurs, Patrick VA2FRU et Claude, VE2CGV étaient venus me porter, en pleine tempête de verglas.
 

Cette antenne, une dipole repliée, fut installée tant bien que mal, plutôt mal que bien, sur un support disponible essayant de co-habiter du mieux possible avec les autres systèmes commerciaux, surtout, les télé-chasseur. Juste comme exemple, notre antenne était installée à deux pieds de l'antenne d'une compagne de téléchasseur dont la fréquence d'opération était 143.205. Je n'ai pas à vous expliquer le résultat. Vous l'avez tous vécu, et certaines oreilles doivent encore en porter la marque.
 

Mais à force de patience, et de voyages à Rougement, et avec l'aide des techniciens de la compagnie de Marieville et de plusieurs amateurs, nous avons pu, au jour le jour, améliorer sensiblement le rendement du répéteur en relocalisant certaines antennes, et en effectuant des ajustemments, qui étaient à recommencer à mesure que les compagnies commerciales ré-installaient leurs équipement.
 

Au début de juin, la tour fut finalement érigée, et les travaux de relocalisation des antennes commerciales purent enfin débuter. L'antenne du répéteur fut remontée au niveau de 210 pieds dans la tour et les opérations purent reprendre à peu près normalement. Je dis à peu près, car il nous reste à trouver une interférence causée par des émissions parasitiques d'un autre système de téléchasseur. Ce serait fait demain ou mardi.
 

J'ose espérer que ce nouveau chapitre de j'ai du ajouter à ce récit sera le dernier. La nouvelle tour de Rougemont semble pour le moment des plus solides. Mais qui sait? La nature, quand elle se déchaine, aura toujours le dernier mot sur les installations humaines. Espérons que la prochaine fois, elle montrera un peu de compassion pour les amateurs de l'àge d'or qui doivent faire fonctionner des répéteurs en des endroits aussi innaccessibles.
 

C'est ainsi que se termine cette histoire et c'est ici que je met le point final à l'histoire de ce répéteur intimement lié à la vie des radio amateurs d'une immense région, et d'un club de radio dynamique, l'UMS, qui ont ensemble servis de point de raliement à la confrérie amateur depuis 30 ans.
 

Et même si, comme je l'espère, j'en suis au dernier chapître, cette histoire n'en est qu'à ses débuts. Il n'en tient qu'à vous, les jeunes amateurs, de continuer la tradition par le bon usage que vous ferez des installations que ceux qui vous ont précédé ont mis à votre service au prix de si grands et nombreux sacrifices.
 

Les machines doivent être au service des hommes et non pas le contraire. VE2RXW en est un exemple marquant.
 

A tous ceux qui m'avez aidé, sur la montagne ou ailleurs, à vous tous qui m'avez supporté par vos dons ou vos encouragements depuis 30 ans, un bien sincère merci. Un répéteur comme celui-ci n'aurait pas pu naitre ni progresser sans votre support.
 
 
 

Aux frères Pierre et Marcel Dulude, merci. Durant toutes ces années ou le répéteur fut installé sur leur propriété du Mont St Bruno, jamais nous n'avons reçu la moindre facture aussi bien pour l'électricité consommée que pour les nombreux transports effectués avec leurs véhicules à neige. A toute heure du jour et de la nuit, je pouvais aller sur la montagne grâce à la collaboration et la générosité de ces deux hommes.
 

Et maintenant que nous sommes sur le mont Rougemont, c'est Michel, VE2KYP, propriétaire des installations, qui nous facilite l'existence en mettant à notre disposition, hommes, équipements et véhicules.
 

Quelqu'un avait dit il y a longtemps, dans les tout débuts du répéteur, que VE2RXW était un répéteur avec une personnalité. Ce que cette personne avait oublié d'ajouter, c'est que cette personnalité, c'est la somme de toutes les personnalités qui utilisent cette fréquence. C'est la vôtre. Ce que cette machine sans âme réflète à la sortie, c'est ce que vous lui confiez à l'entrée. C'est le reflet de ce que nous sommes collectivement.
 

Il n'en tient qu'à nous d'en être fiers, ou d'en avoir honte. Le choix est entre nos mains.
 
 
 

Jean-Guy Renaud, VE2AIK.
 

Réseau des beaux dimanches, le 30 août 1998.
 

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