CEBISTE ET HAMTEUR (1er Épisode)


Je vais vous présenter ce soir, dans une forme un peu romancée, une histoire dont chacun d'entre nous a été ou sera à un moment ou à un autre, le personnage vedette.
 

Ce texte se veut sans méchanceté d'aucune sorte. Ou si peu! J'espère que vous aurez du plaisir à l'écouter autant que j'ai pris plaisir à le rédiger. A travers les aventures, parfois rocambolesques, de nos deux compères, j'ai voulu souligner par cette histoire romancée certaines habitudes, certains clichés qu'on finit tous par accepter comme devant faire partie intégrante de notre hobby à force de les entendre répéter. Et ce n'est pas nécessairement vrai que ces clichés sont obligatoires à la pratique de la radio amateur.
 

Des clichés et des stéréotypes, notre société en produit en abondance. On n'a qu'à écouter quelque chose à la télévision deux ou trois fois et ça devient automatiquement inscrit au dictionnaire de nos habitudes ou de notre langage. Avec un tout petit effort et une attention soutenue, les radio amateurs pourraient éviter de tomber dans ce piège des clichés, et demeurer eux-mêmes. Comme on se comporte dans la vie courante, on devrait se comporter de même lors de nos conversations sur les ondes. C'est pas plus compliqué que ca, mais mon dieu que ça semble difficile à mettre en pratique pour certains.
 

Il me fait donc plaisir de vous présenter nos amis Cébiste et Hamteur et leurs aventures dans le grand monde de la radio amateur. Je débute.
 

Il était une fois un petit garçon qui se nommait Ham Teur. Il habitait, côté village, quelque part entre St-Meumeu et St- Rien, une gentille petite maison, que ses autres copains avaient baptisée son 10-20. Il semble que c'était son adresse?

Ham Teur avait un copain avec qui il aimait beaucoup s'amuser. Ce copain, dont le handle était Cébiste, habitait côté jardin, pas très loin du domicile de Ham Teur, côté village.
 

Ici, je voudrais vous faire remarquer qu'un handle, c'est pas un manche de pelle. C'est le nom de Cébiste en langage de code morse. On continue.
 

Cébiste possédait, car ses parents étaient en moyen, un petit appareil qui avait un oeil rouge et un autre vert. L'oeil vert demeurait ouvert en permanence, et l'oeil rouge clignotait sans cesse, pendant que Cébiste s'amusait comme un fou avec une petite roulette, posée en plein milieu de l'appareil. La roulette était dotée de quarante graduations égales, numérotées, comme il se doit, de 1 à 40. Seule, la position neuf de la roulette était un peu usée, et personne jusqu'à ce jour, n'avait pu en expliquer la raison. Mais cette usure prématurée ne préoccupait pas Cébiste.
 

Cébiste appelait ce jeu faire le tour de la roulette, et il avait de nombreuses fois essayé de convaincre Ham Teur, son copain, des joies merveilleuses de ce manège sans fin. Faire le tour de la roulette.
 

Mais Ham Teur demeurait insensible aux charmes de ce petit monstre aux yeux verts et rouges, et chaque fois que Cébiste insistait un peu trop pour que Ham Teur fasse à son tour, le tour de la roulette, ce dernier le laissait s'amuser tout seul et repartait vers chez lui non sans lui avoir laissé, sans doute pour le désennuyer,tous ses bons chiffres. Et quand Ham Teur n'était pas trop fâché contre Cébiste, il lui laissait même ses meilleurs chiffres. Et à chacun de ses nombreux départs, invariablement, il lui disait; à la bonne prochaine. L'affaire est bonne. Sept-trois. Ou quelque chose dans le genre. Et invariablement, à chaque fois, Cébiste répondait: un gros 10-4. Seulement un gros, parce que des petits, ca n'existe pas.
 

Un jour, Ham Teur fait un 600 ohms à Cébiste et lui demande: est-ce que ton père est à la maison? Positif, affirmatif de répondre Cébiste. Et ta mère, est-elle là? Négatif de répondre de nouveau Cébiste. Est-ce que je pourrais amener mon frère Kenwood faire le tour de la roulette, lui demande Ham Teur? Je dois faire le baby sitter et mon petit frère de 3 ans a toujours aimé ça faire le tour de la roulette. Affirmatif positif de répondre aussitôt Cébiste. Ca aurait été beaucoup trop facile de dire oui et non et d'utiliser le téléphone au lieu du 600 ohms.
 

Avec un langage aussi incompréhensible pour le commun des mortels, on était peut-être en train d'assister à la naissance de futurs fonctionnaires du ministère de l'éducation!
 

Aussitôt dit, aussitôt fait. Les deux frères s'amènent, côté jardin, pour faire le tour de la roulette avec Cébiste côté village. L'affaire était bonne.
 

Ca faisait bien une centaine de tours de roulette que Cébiste faisait avec le petit Kenwood, pendant que Ham Teur était plongé dans un livre de questions et de réponses qu'une certaine organisation nommée Rouqui venait tout juste de publier. Soudain, la roulette s'étant arrêtée sur un des bons chiffres, on entendit une conversation bizarre.
 

C'est quoi ton 10-20, pouvait-on entendre suivi d'un 10-4 interrogatif! Côté St-Ailleurs! 10-4? fut la réponse qui ressemblait plus à une autre interrogation qu'à une réponse. Est-ce que tu as des copains, demanda la voix? 10-4? 10-4! répondit le haut-parleur de la boîte à roulette. Et de 10-21 en 10-35, de 10-72 en 10-4, surgit tout à coup de la boîte à roulette un énorme 10-999. Ce n'était qu'un juron en bons chiffres! Probablement un tabarnacos en route vers la Floride!
 

Ham Teur, levant les yeux de ses questions et réponses, et prêtant l'oreille à tous les numéros qui sortaient de la boîte à roulette, se demandait s'il était toujours chez son copain Cébiste ou dans un bureau de Loto-Québec. Ou peut-être même au bureau du percepteur d'impôts.
 
 
 

Les numéros défilaient à une vitesse folle, et Ham Teur n'y comprenait plus rien. Il laissa son frère Kemwood à ses tours de roulette avec Cébiste et revint côté chez lui.
 

Comme il était un peu fatigué, Ham Teur s'étendit dans son lit en attendant le souper et s'endormit aussitôt, le livre de Rouqui à ses côtés. Il rêva qu'il était transporté dans une immense bâtisse du centre-ville, côté Montréal, et il affrontait un inspecteur du ministère des communications qui lui posait maintes questions concernant la radio amateur. Il réussissait assez bien son examen quand soudain, le chef inspecteur arriva et lui demanda à brûle pourpoint: Sais-tu ton code Q au moins, Ham Teur? Et ton alphabet phonétiqueç Mais, monsieur l'inspecteur, tous mes copains parlaient avec des chiffres, comment pourrais-je savoir ca, le code Q et la patente phonétique, lui répondit Ham Teur!
 

Petit misérable, répondit le chef inspecteur de sa plus grosse voix de fonctionnaire. Et tu oses te présenter ici sans savoir le code Q. Grosse colère d'un fonctionnaire omnipuissant qu'on vient de réveiller, envers un pauvre contribuable impuissant et surtout innocent. Car depuis que les fonctionnaires de ce super-ministère ne couraient plus après les malfaiteurs et les interférences malicieuses, ils avaient le temps de faire un petit somme l'après midi, entre deux examens.
 
 
 

Un grand bruit se fit soudainement entendre, et Ham teur se réveilla au même moment. Il venait, sous l'influence de la peur, que lui avait causée le grand chef des inspecteur, de tomber en bas de son lit, et comme par hasard, il était tombé en plein sur...oui, oui, vous avez bien deviné, en plein sur le code Q.

Ce réveil plutôt brutal, c'était la la mère de Ham Teur qui en était la cause. Elle était venue réveiller son fiston pour souper, et comme celui-ci dormait à poings fermés, elle avait du hausser le ton afin de le tirer de son profond sommeil. D'où l'origine de ce cauchemar qui n'avait pas une très grande possibilité de se réaliser dans la vraie vie.
 
 
 

Mais ce rêve avait profondément marqué notre ami Ham Teur, et l'avait motivé à travailler encore plus fort pour passer son examen de radio amateur. Après tout, depuis la désormais fameuse déréglementation, cet examen avait été de beaucoup simplifié, et en plus, on vendait les questions et les réponses un peu partout. Même le célèbre pharmacien Jean Coutu avait fait la demande à Rouqui pour devenir distributeur officiel des fameuses questions et réponses. Quand on connaît le flair de Jean Coutu pour toutes les bonnes affaires, celui-ci était certain de faire des affaires d'or. Mais il y avait eu un problème: chez Jean Coutu, on ne trouve pas de copains, seulement un ami, et Rouqui avait refusé de l'accepter comme distributeur des fameuses questions et réponses.
 

Dès son repas terminé, notre ami Hamteur retraversa côté village, pour aller jaser avec son copain Cébiste. Celui-ci, toujours occupé à faire le tour de la roulette, ne l'entendit pas arriver, et il fut très surpris quand Ham Teur lui demanda tout à coup:
 

"Qu'est-ce que tu fais Cébiste?"
 

"Oh, rien. J'ai entendu tout à l'heure, sur un des bons chiffres, qu'on pouvait connecter une chaufferette sur la boîte à roulette, et c'est ce que j'essaie de faire."
 

"Une chaufferette! Qu'est-ce que tu veux réchauffer avec une chaufferette? Il me semble que c'est bien assez chaud dans la maison."
 

"Mais que t'es donc niaiseux, Ham Teur. Une chaufferette, c'est un bidule pour parler plus loin que l'autre côté de la rue."
 

"Oui, mais il me semble que c'est pas légal, mettre une chaufferette sur une boite à roulette."
 

Qu'est-ce que ça peut bien faire, légal ou pas légal, les inspecteurs ont bien autre chose à faire que de courailler les chaufferette. Sìl y avait seulement des affaires légales sur ces fréquences là, VE2OI pourrait écouter le silence pour toujours.
 
 
 

La semaine passée, ils en ont attrappé un qui fonctionnait avec une chaufferette de 1000 watts, pis ils lui ont juste dit de la déconnecter. Aussitôt que l'inspecteur a eu le dos tourné, le gars l'a reconnecté puis bonjour la police . Heu! la visite."
 

"Ouais! De répondre Ham Teur. Ca doit pas être bien drôle de pratiquer un passe-temps dans l'illégalité. Toujours surveiller l'inspecteur, pis les autres confrères qui opèrent en respectant la loi, ils vont t'en vouloir à mort. Tu vas encore te faire planter des épingles dans tes coax Cébiste! Sais-tu Cébiste, on devrait tous les deux travailler fort pour devenir radio-amateurs. Qu'en penses-tu?"
 

"Parle moi pas de ça, répond Cébiste. Apprendre le maudit code morse, puis faire des dessins de radios et de récepteurs, puis tout le reste. C'est bien trop difficile! J'aime encore mieux faire le tour de la roulette. Ca ne demande pas d'effort, et des fois, on en entend des vertes et des pas mûres!"
 

"Mais non, tête de pioche! Que t'es donc pas renseigné! A force d'écouter ta boite à roulette, tu n'as jamais su qu'il n'y avait plus de code pour passer le test de radio amateur?
 

"Ben non, je savais pas ça! Sais-tu que tu commences à m'intéresser Ham Teur? Mais on commence par quoi, quand on veut être radio amateur?"
 

Et Ham Teur d'expliquer patiemment à son ami les procédures à suivre pour passer le fameux examen.
 

Les semaines et les mois passèrent. Ham Teur et son copain Cébiste en apprenaient de plus en plus à force d'éplucher le livre des questions et réponse de Rouqui.Cébiste en avait presqu'oublié sa boîte à roulette et travaillait fort avec Ham Teur, qui était devenu entre temps son ami et non plus son copain. Cébiste réapprenait à parler avec l'alphabet français, et il n'allait plus jamais côté son copain, mais il allait souvent chez son ami, Ham Teur. Qui demeurait à l'autre bout du village et non pas côté village.
 

Puis vint enfin le grand jour de l'examen chez un examinateur reconnu par le ministère des communications. J'emploie ministère des communications parce que c'était avant les élections. On sait tous, maintenant, que ce n'est plus comme ça que ça s'appelle. L'examinateur les reçut avec beaucoup de chaleur, ce qui mit nos deux amis en confiance.
 

Ham Teur, qui avait fait beaucoup d'écoute sur les répéteurs locaux, s'aperçut que la vie réserve parfois de bien grandes surprises, surtout quand il vit l'examinateur, que l'on appelait constamment sur les ondes, "belle tête frisée". L'ami Gilles n'avait pass un seul cheveu sur la tête et nos amis s'attendaient de voir arriver Robert Charlebois en personne. Ce fut la première illusion que Ham Teur perdit. Ce ne devait pas être la dernière. Mais revenons à l'examen de nos deux comparses.
 

Ceux-ci s'attelèrent à la tâche de compléter enfin ce fameux test, et le réussirent assez bien, malgré les sueurs froides qui leur coulaient sur le front. Et c'est avec la quasi certitude qu'ils avaient réussi ce test qu'ils retournèrent chez leurs parents respectifs.
 

Mais il est parfois difficile de se débarrasser de certaines vieilles habitudes acquises de longue date. Et chez certains radio amateurs, la tolérance est parfois très basse.
 

Aussitôt leurs indicatifs obtenus, nos lascars redoublèrent d'effort pour acheter leur premier appareil. Ce qu'ils purent en passer, des journaux et des circulaires. Ils en laissaient même plusieurs copies à chaque porte.
 

Puis, vint le grand jour où ils purent enfin se procurer, chez le marchand local d'équipement de radio amateur, ce fameux portatif dont ils avaient rêvé depuis des lunes. Ce n'était pas l'achat le plus judicieux de leur jeune vie de radio amateur, mais comme le père de Cébiste ne voulait plus investir, à ce qu'il disait, dans les jouets dispendieux de son gamin, il n'était pas question de lui en demander d'avantage. Donc, Cébiste et Ham Teur optèrent pour un portatif plutôt qu'un mobile. De toute manière, aucun des deux amis n'avait d'automobile.
 

Et vivement, le livre d'instruction pour programmer cette huitième merveille du monde.
 

Une fois le portatif programmé, ils tombèrent, presque par hasard, sur la fréquence de VE2RXW, à 146.700, en plein milieux du réseau des hiboux, qui était animé ce soir là, comme tous les autres soirs d'ailleurs, par Jacques, VE2BTN.
 

Cébiste, qui était le plus déluré des deux, et aussi le plus expérimenté, finit par se décider, avec un trémolo dans la voix, à donner son indicatif tout neuf juste au moment où Jacques faisait une pose pour aller soigner ses wouf-wouf, les faire entrer ou les faire sortir. "VE2XYZ, entendit Jacques, faiblement."
 

"En phonétique, s'il vous plait, vous avez dit ça tellement vite, que mes vieilles oreilles ont pas compris, claironna Jacques, de sa voix la plus...disons ...suave."
 

Victor Echo deux xray yankee zoulou, répéta le pauvre Cébiste, de sa voix de plus en plus tremblante, pendant que son ami Ham Teur tout aussi énervé, jouait avec sa casquette à en faire sauter les coutures.
 

OK, VE2XYZ, votre signal est pas mal dans le bruit, mais je vous ai copié. Qu'est-ce qu'on peut faire pour vous, demande le chef du réseau des hiboux? Avez-vous un message ou si vous voulez juste vous joindre au réseau? Voulez vous une étoile ou pas d'étoile?
 

"Je suis un nouveau sur la radio amateur et je veux juste vous donner mes 73 et savoir comment est ma module?
 

Wo wo, répond Jacques. Qua c'est ca? Vous savez pas monsieur, que 73, c'est pour finir un contact, pas pour le commencer. Et en plus, c'est quoi ca, la module?
 

Un grand silence se fit entendre. Le genre de silence qui répond à toutes les questions et que VE2OI affectionnait particulièrement.
 

As-tu compris, VE2XYZ? redemanda Jacques, VE2BTN, une lueur d'impatience dans la voix.
 

Dix-quatre, répondit Cébiste. Excusez-moi, QST, QSO...QSY, heu...QSL.
 
 
 

Bruit de squelch tail et de beep de courtoisie suivi d'un grand silence..
 

Ouais, tonna Jacques une autre fois.
 

On continue le réseau des hiboux. D'autres stations pour le réseau des hiboux du 13 décembre 1993?
 

VE2ZYX, fit entendre une autre voix tout aussi lointaine.
 

En phonétique, s'il vous plait. Mes vieilles oreilles n'ont pas bien entendu!
 

Victor Echo deux zoulou yankee xray, redit la voix.
 

OK VE2ZYX, c'est quoi ton nom et ton lieu d'émission.
 

Mon nom est Ham Teur. Je suis nouveau. Est-ce que vous me reçevez bien?
 

Oui, oui, Ham Teur! C'est dans le bruit, mais ca passe. Vas-y!
 

Je suis l'ami de Cébiste. On est nouveau tous les deux.Comment est mon signal?
 

Je te reçois très bien, Cébiste, bien que passablement dans le bruit. Veux-tu te joindre au réseau des hiboux?
 

Oui, on aimerait ça, répond Cébiste!
 

Avec une étoile ou pas d'étoile? demande Jacques.
 

C'est quoi ça une étoile? demande la voix de plus en plus faible.
 

Et Jacques, d'expliquer patiemment pour la 100e fois peut-être, son système d'étoiles et pas d'étoiles.
 

As-tu compris, Hamteur?
 

Oui, oui, répond Hamteur, d'une voix de plus en plus tremblante. Mais il y a quelque chose que j'aimerais vous demander avant de me joindre au réseau. C'est quoi les drôles de bruits qu'on entend parfois sur le répéteur? Est- ce qu'il est en trouble, ou si c'est sa manière de s'identifier? Ham-teur venait d'entendre le roteux qui empooisonnait la fréquence depuis quelque temps.
 

Et Jacques, de répondre: Ah. mon doux seigneur! C'est pas possible. Occuppe toi pas de ça Hamteur. J'ai pas le temps de t'expliquer. On en reparlera une autre fois. OK?
 

OK, de répondre Hamteur! Merci beaucoup, monsieur BTN.
 

Et c'est ainsi que nos deux amis firent la connaissance du merveilleux monde de la radio amateur. Graduellement, à force d'écouter ce qui se passait sur les ondes amateurs, nos deux amis perdirent définitivement leur langage chiffré et leurs manières acquises ailleurs, pour en arriver à parler comme tout le monde.
 

Bien entendu, ils s'échappèrent quelques fois, mais à la longue, ce langage étrange ne fut plus qu'un mauvais souvenir. Et nos deux amis purent enfin jouir, en toute légalité, d'un passe temps merveilleux et instructif. Ca n'avait pas été toujours facile. Ils avaient eu à affronter des radio amateurs intolérants et bourrus qui les avaient reçus comme on reçoit un chien dans un jeu de quilles ou un éléphant dans un magasin de porcelaine, mais dans l'ensemble, les choses s'étaient assez bien passées et la radio amateur pouvait désormais compter sur l'enthousiasme communicatif de nos deux comparses, qui avaient un jour décidé de travailler fort, afin d'améliorer leur sort.
 

Et c'est en faisant beaucoup d'écoute qu'ils purent faire la transition entre les deux systèmes de communication.
 

On a vu que nos amis avaient désappris à parler en chiffre et utilisaient maintenant le bon vieil alphabet romain. Quand ils avaient eu la malchance de s'échapper c'était, pendant des périodes ou Jacques, VE2BTN, ne faisait pas sa sieste de l'après midi. Et ils avaient du revenir rapidement dans le droit chemin après avoir essuyé quelques rebuffades.
 

Bien entendu, nos deux amis faisaient des efforts incroyables pour devenir de bon amateurs. Ils cheminaient tous les deux vers l'arride apprentissage du code morse, et ça n'allait pas sans peine. Ils avaient essayé toutes les techniques, toutes les modes, tous les trucs qu'ils entendaient raconter à l'occasion des tables rondes sur différentes fréquences. Ils avaient suivi les conseils d'une bonne centaine de radio amateurs, qui eux, à les entendre, l'avaient "LA METHODE". Il faut ajouter ici que tous ceux qui l'avaient, LA METHODE, ne l'avaient pas, leur license supérieure.
 

Mais passons sur ce fait sans importance.
 

Ils avaient tout essayé, vous-ai-je dit. Mais ce que je ne vous ai pas dit, c'est qu'ils avaient essayé seulement une ou deux fois par mois, et quelques minutes à la fois.
 

Personne, je dis bien, personne, ne leur avait dit que pour apprendre le code, il ne faut qu'une seule qualité. De la persévérance. Et pas deux fois par mois. Une fois par jour, mais à tous les jours. Imaginez Beethoven, qui aurait pratiqué son piano une ou deux fois par mois. Serait-il devenu le génie que l'on connait? NON! Il serait demeuré un obscur pianoteux, et l'univers entier n'aurait jamais connu son grandiose Hymne à la joie ainsi que sa magnifique 5e symphonie.
 

Ce serait malheureusement la même chose pour nos amis Cébiste et Ham Teur s'ils persistaient à ne pratiquer leur code que deux ou trois fois par mois. Mais leur motivation n'était pas assez bien ancrée au plus profond de leur coeur. Ils n'avaient pas encore eu la chance de faire la rencontre de Gérard, VE2FBZ. Et ils ne savaient pas que la belle Claudette, VE2ECP, donnait des cours de code dans la joie et la bonne humeur et que les résultats étaient garantis. Gérard et Claudette leur aurait enseigné le fameux code, en même temps que la vraie méthode.
 

Cébiste voulait bien passer son examen de code et atteindre ainsi aux quatre niveau de licence, mais savez-vous quelle était sa motivation? Pas pour être un meilleur amateur! Pas pour faire de nouvelles expériences en HF! Non? Je vais vous le dire, si vous me pronettez ne ne le répéter à personne. Cébiste voulait monter son propre répéteur. Pas seulement pour parler avec Ham Teur car celui-ci, on s'en souvient, demeurait côté campagne. Oups, excusez, je recommence. Ham Teur demeurait à la campagne, à environ un mille de distance de Cébiste. Et à cette distance, ils pouvaient très bien se parler en direct même s'ils n'avaient jamais été des adeptes très enthousistes à se parler en direct. Tant qu'à déconner, aussi bien être entendu par la moitié de la province. N'est-ce pas?
 
 
 

Enfin, Cébiste avait conservé de vieilles habitudes acquises ailleurs. Il avait toujours été, de toute façon, rempli de plans de nègres. ET il ne connaissait même pas l'ami Pierre, VE2PL. Imaginez ce que se serait plus tard, quand il l'aurait rencontré.
 

Enfin, cette fois-ci, le plan de Cébiste de se monter un répéteur c'était pas de parler avec son ami. Même si Rouqui n'avait pas publié de livre pour monter un répéteur, Cébiste était convaincu que le livre des questions et réponses de ladite Rouqui lui apporterait les connaissances requises. Et il voulait y ajouter son propre autopatch. Oui, oui, un a u t o p a t c h!
 

Cet immense besoin d'un autopatch lui était venu de l'exemple d'un de ses amis qui avait eu la chance de passer une license instantannée. Vous savez pas ce que c'est, une license instantannée? Je vais vous mettre au courant.
 

T'achète de la poudre à license la veille, tu mélange tout ça dans de l'eau, chaude de préférence, le matin à neuf heures, tu vas voir l'inspecteur à dix heures, t'as ta license à 11 heures, et à midi ton mobile est déjà installé et t'es en onde. C'est pas plus compliqué que ça! Et tu demandes à tout le monde les codes des autopatch. C'est de là que venait le grand besoin de Cébiste d'avoir un bidule semblable, genre Nitendo autant que possible. Un autopatch qui parle, qui grogne, qui sonne des cloches, et qui téléphone tout seul pour le même prix.
 

Revenons à notre ami Cébiste. Il n'avait jamais digéré que le grand niaiseux à AIK refuse d'en installer un sur RXW. Et ça lui était resté sur le coeur. De toute façon, AIK c'était juste un vieux croulant. Il ne connaissait même pas ça, un auto patch.
 

Donc, Cébiste voulait son autopatch. Son autopatch à lui tout seul. Ce serait sa revanche envers toutes ces vieilles barbes de radio amateurs qui refusaient obstinément le progrès. Des gars comme AMN, Gille, qui n'avait pas du sortir de son shack depuis belle lurette, car il n'avait même pas, sur son micro mitaine, un touch tone pad. Un autre niaiseux comme AIK.
 

Posséder son auto patch était devenu le plus grand rêve de Cébiste. Si Graham Bell avait pu savoir ce que ce petit morveux voulait faire de son invention, il ne l'aurait sûrement pas inventée. Et si Bell Canada savait maintenant, à l'heure ou on se parle, ce qu'on en fait, elle enlèverait tous ses poteaux de la circulation.
 

Mais, pour avoir un autopatch, il fallait un répéteur, et pour avoir un répéteur, il fallait une license supérieure, et pour avoir une license supérieure, il fallait un peu de ténacité, de persévérance, ce que notre ami n'avait pas. Et c'est ainsi, que le hobby de la radio amateur l'échappa belle encore une fois.
 

Ce projet, comme tous les autres, fut mis en veilleuse. Ham Teur n'y était pas très intéressé de toute façon. Et nos amis étaient si occupés à se faire de nouveaux amis, à assister aux assemblées des différents clubs, à assister aux nombreuses bouffes des hiboux (toutes les sortes de hiboux), et des nombreuses séances de beignes de la gang du soir, qu'ils n'avaient plus le temps de penser ni au code, ni aux répéteurs, ni aux autopatch.
 

Et pendant ce temps, ils vieillissaient et acquéraient un peu de maturité chaque jour. Avec BTN dans le décor, ils n'avaient pas le choix de toute manière.
 

Cébiste s'était rabattu, pour se consoler, sur la fréquentation assidue des réseaux. Ce qu'il y en avait des réseaux. Réseau UMS, réseau traffic, réseau St Hyacinthe, réseau TA,, réseau Rouqui, réseau RTQ, réseau hiboux. Je vous fais grâce de tous vous les nommer, on serait encore ici demain matin. Il signalait sa présence partout, et partout il répétait la même chose. Je suis QRU. Je passe en QRT. Il proclamait à tous vents Je suis en QRU comme d'autres disent: chu malade, chu ben malade.
 

Une certaine organisation avait proposé de décerner un trophée à l'amateur qui participait au plus grand nombre de réseaux le plus souvent et le plus assidument possible et on chuchotait dans le milieu amateur, que Jacqueline, VE2PLH, était la principale candidate à l'obtention de ce trophée.
 

Cébiste voulait à tout prix raffler le trophée réseau à Jacqueline, VE2PLH, et il faisait tout en son possible pour arriver à ses fins. Pauvre Cébiste, ce qu'il en avait des croutes à manger.
 

Mais le réseau qu'il affectionnait par-dessus tout, c'était le réseau info-traffic. Surtout quand c'était Denyse, VE2FMF, qui en était l'animatrice. Oh, il se signalait bien quand même sur le réseau de Raymond,VE2YW, qu'il trouvait parfois un peu bourru. Mais c'est seulement parce qu'il ne le connaissait pas. Raymond, sous un extérieur parfois plein d'épines, cachait à l'intérieur de son immense personne, un coeur gros comme le monde. Autre exemple que les roses ne viennent pas sans épines.
 

Pour ce qui est du réseau de René, VE2ND, notre ami Cébiste trouvait celui-ci un peu trop sérieux à son goût. Et de plus, Cébiste n'aimait pas la poésie. Mais le réseau de Denyse. Whaw. Cébiste tombait en transe à chaque fois.
 

Il imaginait l'animatrice sous les traits de Gina Lolobrigida, avec sa voix chaude et langoureuse, son rire en cascade qui semblait tomber d'une cataracte et s'engouffrer dans un abîme sans fond. Cébiste traversait surement sa crise d'adolescence.
 

Il ne pouvait pas savoir, dans sa candeur naïve, le pourquoi de ces rires majestueux, ni à qui ils étaient destinés, mais ça ne le dérangeait pas le moins du monde puisque Denyse elle même ne le savait pas, et que Denyse, c'était son idole.
 

Un autre réseau qu'affectionnait particulièrement Cébiste, était celui de Maurice, VE2MIE, toujours si bien assisté par Carole VE2MME. Qu'est-ce qu'il aimait tant dans ce réseau? Mais la question, voyons! La fameuse question! Dès le début du réseau, aussitôt la question connue, il commencait à élaborer sa réponse, la fignolait, l'astiquait, et finissait, comme beaucoup d'autres, à passer complètement à coté de cette fameuse question. C'était à se tordre de rire. Je me souviens particulièrement de la question de Maurice: Utilisez-vous une tour pour vos antennes. Ca lui avait pris un gros 15 minutes à répondre: NON.
 

Une autre fois à la question: Utilisez-vous une antenne directionnelle? Il avait répondu pendant au moins 5 bonnes minutes, en décrivant laborieusement et dans le détail tout son magnifique système d'antenne qui comprenait tenez vous bien, d'une magnifique rubber duckie.
 

C'est lors de la participation aux différents réseau que Cébiste découvrit une autre passion. Le réseau RTQ. Heureux compromis entre les touch tone et la radio amateur, Cébiste avait vite compris tout le parti qu'il pourrait tirer de ce lien provincial. Il pourrait enfin la jouer, sa fameuse symphonie des touch tones en si bémol mineur, qu'il avait composée au cas ou il aurait fini par mettre au point son fameux répéteur auto patch. Il avait bien essayé quelques fois de jouer sa fameuse symphonie sur RXW, mais les responsables, qui n'étaient sûrement pas des amateurs de belle musique, avaient mis un filtre qui interdisait ce genre de concert.
 

Quelles joies, quelles émotions éprouvait Cébiste quand la fameuse symphonie déclenchait son avalanche de tonalités tout au long de ce Québec sans fin pour finalement aboutir à Baie Comeau et s'entendre dire: Le réseau RTQ est présentement hors d'usage. Essayez une autre fois. Il fallait faire jouer, mais cette fois çi à l'envers, la fameuse symphonie des touch tones pour refermer tous ces liens. On aurait dit un disque des Beattles qui tournerait dans le mauvais sens.
 

Mais Cébiste était fou de ce jeu, et ne s'en privait pas, jusqu'au moment ou les responsables du réseau RTQ lui fassent savoir que ces équipements qui avaient coutés des milliers de dollars aux amateurs, en plus des nombreuses heures de bénévolat, en entretien et en installation, n'étaient pas l'équivalent du tour de roulette. Et que la modération avait bien meilleur goût. Remarque qui fit, comme on s'en doute, beaucoup de peine à notre ami. Malheureusement, son chagrin ne dura pas longtemps.
 

Décidément, le pauvre Cébiste éprouvait de sérieuses difficultés à s'adapter au monde merveilleux de la radio amateur. Ou plutôt, était-ce le monde de la radio amateur qui refusait de s'adapter à Cébiste.
 

Un matin, il avait déclanché la mauvaise humeur des amateurs du relai local en parlant pendant quatre heures et trente minutes, une vraie logorée de mots, avec un de ses amis qui demeurait à 500 pieds de chez lui. Il se l'était fait reprocher, bien entendu, et il ne l'avait pas très bien accepté. Pauvre Cébiste, que voulez-vous, il était le seul à croire en ses propres paroles. Il il pensait au plus profond de son lui-même, que ce qu'il avait à dire était d'une importance primordiale pour l'humanité et méritait d'être entendu aux quatre coins du Québec.
 

Mais notre pauvre Cébiste n'avait pas à porter le blâme de cette mauvaise habitude à lui tout seul. Il avait entendu des vieux amateurs faire la même chose et il pensait que c'était normal d'accaparer un répéteur à grande couverture durant des heures, alors qu'il lui aurait été si simple d'aller en direct. Ce qu'il ne savait sans doute pas, dans sa grande naiveté, c'était que les amateurs qu'il avait entendus agir de cette façon aimaient bien prétendre qu'ils savaient tout, qu'ils connaissaient tout, et qu'après eux, c'était le déluge... Bref, c'étaient des péteux de broue mais Cébiste ne pouvait le savoir.
 

Pendant ce temps, Ham Teur faisait son petit bonhomme de chemin. Il s'était fait de nombreux amis, sur les différentes fréquences, dont plusieurs étaient de son âge. Il ne s'était pas attardé en route sur l'accessoires de la radio amateur, mais sur son essence même; les contacts humains, l'expérimentation. D'autres jeunes amateurs, comme Alexandre, VE2CND, lui avait appris à faire du packet, et il réussissait à établir de merveilleux contacts à travers les différents modes qu'il se donnait la peine d'expérimenter. Et il se faisait de plus en plus d'amis, aussi bien grâce à ses compétences que par son humilité et sa bonhommie naturelle.
 

Privé de l'influence néfaste de Cébiste, il s'était remis au code avec assiduité et il avait réussi à passer tous ses examens. Il était devenu un amateur chevronné et se permettait même quelquefois de donner des conseils aux plus vieux, concernant certains logiciels informatique. Il était devenu un expert dans ce domaine. On disait que même AIK le niaiseux lui demandait souvent des conseils en cachette.
 

Au bout de quelques années, notre ami Cébiste avait complètement abandonné la radio amateur, alors que Ham Teur était devenu le président de son club. Il s'était beaucoup impliqué dans la pratique de son merveilleux passe-temps, et aux dernières nouvelles, il est sur le point d'épouser, la secrétaire du club dont il est le président.
 

Il ne nous reste qu'à souhaiter à Ham Teur et sa future épouse, de nombreux et beaux enfants, qui deviendront à leur tour de beaux amateurs de radio.
 

Avec une famille de radio-amateurs comme celle de Ham Teur, le hobby sera entre bonnes mains et la continuité assurée.